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Il y aurait grand besoin de faire connaitre les efforts déployés par les acteurs directs, les institutionnels, les administratifs et les pédagogues, la société civile et les autres, afin d’améliorer le système d’enseignement marocain pour le réformer, résorber ses zones de faiblesse, réduire ses points noirs, renforcer ses points, élargir ses zones d’excellence (car il en est), le rendre aussi performant que possible..

Le secteur de l’éducation est depuis longtemps enfermé dans un discours de crise,  discours sans cesse reproduit depuis l’indépendance » à tout propos. Dans le débat public, prédominent souvent des jugements négatifs tout fait à l’avance, d’idées préconçues, de bilans excessivement critiques, chaque fois dressés sur le ton le plus pessimiste, sur la base de diagnostics à portée limitée. Il y aurait beaucoup à dire sur le contenu et le sens de ce discours quasi nihiliste sur l’éducation au Maroc, les fonctions du politiquement correct qu’il représente, et même pour certains celles de faire valoir politique à peu de frais.

 

L’autre discours possible face à ce nihilisme est porté par les témoignages d’acteurs qui croient en l’action réformiste et qui veulent bien rendre compte des grands efforts déployés sur le terrain : il est celui qu’adopte l’auteur de cet ouvrage. Bien qu’à peine audible par les bien-pensants qui veulent considérer que tout est détestable dans le système d’enseignement du pays, il atteste que la réforme est possible, qu’elle se déploie malgré tout dans la réalité contre vents et marées, même si son intensité et ses succès restent dépendants d’une temporalité politique variable.

Le livre de Mme Tijania Fertat porte sur un aspect qui peut paraitre particulier, « la gestion participative ». L’angle choisi peut sembler en effet partiel, mais il est en fait stratégique, couvrant toutes les dimensions du secteur. Le regard de l’auteure est fondé sur une décennie de responsabilité dans la gestion, les actions initiées, le suivi des réformes, les succès et les échecs, la vie et la mort de plusieurs démarches..

Le lieu dont rend compte l’ouvrage recèle une importance particulière sise au cœur de la capitale et administrative, dans une région à la vaste superficie, à la population nombreuse et aux défis multiples.. En outre, l’intérêt de l’expérience de cette militante historique pour le progrés tient aussi au fait qu’elle est pilotée par une « femme gestionnaire » dans un milieu hostile à la femme » (écrit notre auteure). Cette ancienne inspectrice de philosophie, chargée par la suite de la coordination nationale de philosophie, ancienne responsable de l’une des délégations les plus importantes de pays à Casablanca, -sait de quoi elle parle.

Le lecteur ne peut être que sensible à ce profil de responsable ayant tendance selon ses propres dires à «  enfreindre la loi par spontanéité », prête à l’écoute, faisant de son institution une « organisation apprenante », convaincue de l’importance de la vision partagée..

Dans ce livre la décentralisation est aussi une entrée et une occasion propices pour parler de gestion administrative, financière, pédagogique, des ressources humaines, de communication et de relations publiques, de coopération décentralisée, des bâtiments et équipements, de travail sur les contenus, les valeurs, les rythmes scolaires, la vie scolaire , le travail culturel, les activités sportives..Elle fait avec art, maitrise et souvent dans le détail.

J’ai eu la chance historique d’avoir été un acteur central dans la construction initiale des Académies de l’Education nationales, en termes de lois et de règlements, de mise en place de dynamiques  de transfert des prérogatives du centre vers les pouvoirs régionaux nouvellement constitués, organisé, présidé et suivi les premières vagues de conseils d’administration de ces établissements publics, soit les deux sessions pour chacune des seize régions du pays.

Au départ, le centre ne devait plus s’occuper que de détermination des grandes orientations et des choix nationaux, veiller à la parité relative entre les régions, et accompagner dans  une certaine mesure la coopération internationale. Il devait laisser évoluer les académies vers encore plus d’autonomie, impulser le mouvement de responsabilisation vers la base du système, transférer davantage de prérogatives vers les délégations et vers les structures de base d’enseignement (écoles, collèges, lycées..) vers leurs instances (les conseils d’établissement..).

L’ouvrage montre clairement comment le centre a peu transféré, et a fini par récupérer le peu qu’il a pu transférer. Ce qui incitait les académies, au lieu de les pousser à renforcer la décentralisation dans le sens des délégations ou des établissements, à s’y approvisionner en compétences, enclenchant d’ailleurs frictions, tensions et complications entre académies et délégations. Il s’agit à mon avis d’une déviation de la politique initiale de décentralisation et le retour « éternel »  vers  la centralisation.

L’ouvrage montre ces tendances variables de la décentralisation à la marocaine. Mais il montre surtout à propos de toutes les questions de l’éducation ce que peut réaliser l’obstination des acteurs convaincus, en posture permanente de réforme, à travers des démarches concrètes, denses, suivies, et fort appréciables, comme celle rapportées tout au long du livre. Surtout le livre nous sort du « politiquent correct » de l’heure qu’est devenue la dénonciation systématique, tous azimuts, du système éducatif marocain.                                

                                                                              Abdallah Saaf  (Mai 2014)