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Préface d’Abdallah Saaf à la traduction arabe du livre de Cynthia Fleury qui vient de paraître en ce mois de septembre.

Les lecteurs arabes pourront se réjouir de pouvoir accéder à des textes de haute tenue philosophique comme l’est l’ouvrage de Cynthia Fleury, La fin du courage.

Le livre s’ouvre sur une suggestion : la problématique du courage prendrait forme dans des contextes particuliers, « le seuil mélancolique d’une époque historique » au cœur de situations d’avilissement moral et politique.

 

  Le livre traite du courage à travers deux interrogations principales :

 1) Comment re-formuler aujourd’hui une théorie morale du courage, sans capitulation ni justification ?

2) Comment passer d’une théorie morale à une théorie politique du courage ? 

1)Les éléments de définition et de délimitation du courage ponctuent l’ensemble de l’ouvrage. Le courage est envisagé comme une vertu cardinale en elle-même et comme angle permettant d’aborder diverses questions. Il présente de multiples facettes. Il est au centre d’une variété de relations : le droit et la loi, le légitime et le légal, la vérité et le mensonge …

Ainsi est-il défini comme un chef d’œuvre de l’a  propos, dont l’une des marques majeures est la constance : «le courage toujours, plutôt que le trop de courage », entre rectitude et platitude, représenté par l’eau qui coule et la durée… Le courageux sait la valeur et la désespérance de l’éphémère. Il rejette d’être porté par le ressentiment. La joie qui l’habite au fond renvoie à l’horizon terrestre.

Le courage est affaire de commencement, comme manifestation sûre de la volonté. Etre courageux, c’est faire rupture, sortir du rang, se rendre visible par l’effort, refuser la procédure d’invisibilité. Le courageux ne s’abstrait pas de la logique de la reconnaissance. L’épistémologie du courage reconnaît l’importance de la reconnaissance véritable, c'est-à-dire celle ayant vécu l’épreuve de la non-reconnaissance.

Le courageux a la conscience de la vanité et de l’instantanéité des choses. Il se distingue de l’homme ordinaire qui se contente d’attendre l’instant propice, le moment de grâce où l’occasion se transforme en kaïros, alors QUE le courageux sait qu’il doit lui-même le produire, agit comme si l’instant n’existe pas, comme si la grâce n’advenait pas. Il se fonde plus sur la volonté que sur la grâce : « Nul besoin pour le courageux de guetter l’instant gracieux. « La volonté de provoquer lui suffit ».

L’épistémologie du courage se donne comme une déconstruction des contrefaçons modernes. Les courageux ne se conforment pas à l’idée que l’on se fait d’eux. De plus le courage est sans victoire et finit même souvent par l’échec. Dans  sa perspective, il y a toujours un à faire. L’acte courageux est inachevé. La réussite de l’opération n’est pas ce qui confère toute sa valeur au courage. La légitimité repose sur la seule intention courageuse passée à l’acte.

Dans la hiérarchie des vertus, il est la vertu des vertus, la plus accomplie, celle rendant les autres efficaces et permettant de les réaliser.

2)L’auteure examine la théorie politique du courage à travers notamment la lecture de Montesquieu, Machiavel, Victor Hugo, Foucault, J. Habermas, J. Rawls, Amarty … et autres.

L’auteure relève combien sont nombreux les princes actuels qui se revendiquent du courage en parlant de rupture et de perler vrai. L’auteure n’hésite pas à considérer cela comme une « bouffonnerie », une partition sûre de l’histrionisme politique, une mise en scène de la non-exemplarité politique. Il s’agit proprement à ses yeux d’un dessaisissement politique du courage.

Il en analyse les éléments en plusieurs temps, à travers ce qu’il appelle la falsification du courage, laquelle revêt au moins deux figures principales : la première mène de la vertu du prince à la contre exemplarité politique. Le nouveau leader se présente comme courageux car il se dit porteur de rupture. Cependant il historionise, gère et occupe l’agenda médiatique. Ce faisant il donne dans le faux changement.

La seconde prend acte de la fin du peuple et du déshonneur des élites. La démocratie sait rendre visible la masse et les individus; mais entre les deux, le peuple, zone grise semble manquer à l’appel.

Le courageux, le sujet disant la vérité se situe sans doute dans quelques recoins particuliers de l’existence sociale. Mais sous quelle forme, sous l’acte de dire vrai, l’individu se constitue  t-il par lui-même et les autres, comme l’énonciateur d’un discours de vérité ?

La forme minimale du courage consisterait à courir le risque de défaire l’autre qui l’a rendu possible en écoutant ce discours. D’où l’intérêt  de  l’idée de Mr Faucault de « pacte parrèsiastique: la parrhesia étant le courage de la vérité par celui qui prend le risque de dire en dépit de toute la vérité qu’il pense mais il implique aussi le courage de l’interlocuteur qui accepte de recevoir comme vraie la vérité blessante qu’il entend».

Aussi la parole de vérité n’est pas un métier, mais une attitude, une manière s’apparentant à la vertu, une manière de faire.. Loin d’être une affaire de communication, elle prend le risque majeur de déplaire ».

Le courage consiste à opposer de fait entre vérité et mensonge, aménager le passage du vrai à une éthique de la discussion, à ne pas laisser les rhéteurs envahir l’espace public.

L’auteure profile quelques modèles de contre-exemplarité en particulier celui marqué par l’absence de conviction politiques et celui représenté par le couple formé par la politique et l’argent.

Ces éléments d’analyse, puisés dans la philosophie occidentale, paraissent familiers, aux lecteurs au sud de la Méditerranée et trouvent leur place naturellement dans les débats publics qui y ont cours. Trois éléments essentiels peuvent retenir l’attention chez nous :

 

  1. La théorie politique du courage mène à la critique de « l’électoralisme », considéré comme la fin de la vitalité démocratique. La majorité, disait Victor Hugo, ne peut être que physique ; elle est d’abord morale. les événements récents survenus  dans la région avant et depuis le dit »printemps arabe » le rappelle sans doute.
  2. Nombre de représentations à l’œuvre de ce coté de la méditerranée relient peu la démocratie à la délibération.la participation constitue un critère fondamental de l’engagement politique. Le scrutin ne saurait être valide s’il n’est pas fondé sur le droit préexistant de s’éclairer avant le vote.la démocratie réelle est en effet d’abord délibérative et ne sauraient se confiner au seul aspect procédural.
  3. Il est important de rappeler au sud que la base de la décision est plurielle plus  elle est objective, efficace effective. le pluralisme comme la délibération et la prééminence morale, fonde la légitimité démocratique. Invoquer que le pluralisme  peut être un facteur  de paralysie de l’action collective n’est pas un argument recevable.au contraire, le pluralisme constitue un élément majeur de la crédibilisation de la décision.

A ces remarques, il faut ajouter l’idée que l’ouvrage met bien en relief : la recherche de la souveraineté du peuple reste fondamentale, même si l’on sait qu’au bout du compte il ne gouverne pas et n’exerce tout au plus qu’un contrôle sur le gouvernement. Aussi les complices du souverain, ses ministres, ses soldats, ses courtisans sont en conséquence aussi dangereux et préjudiciables que le souverain. Le courage, la foi civique, s’ils prennent le peuple pour unique providence constitue la seule vraie voie de la pérennisation démocratique.

 Ouvrage riche, profond d’une grande pertinence, « la fin du courage » nous interpelle directement. Il n’était pas simple de le faire passer avec maitrise dans la langue arabe. Il faut remercier Mr Gouara d’avoir mené avec succès une entreprise aussi difficile.