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Abdallah Saaf

 N’est-il pas trop tôt pour relater l’évolution de la science politique ayant pour objet le Maroc et qui malgré son développement reste encore jeune par rapport à d’autres sciences sociales ? Rien ne s’oppose a priori à interroger les itinéraires scientifiques qui se sont affirmées dans le domaine, de décrire et d’analyser les trajectoires suivies par de nombreux chercheurs dans ce domaine particulier des sciences sociales. De ce point de vue, il importe de se poser la question de savoir dans quelle mesure les expériences singulières d’individus chercheurs, recèleraient du sens collectif ? Elles pourraient de manière respective renvoyer les unes aux autres.

Des débats, des développements théoriques, méthodologiques, épistémologiques,  des activités livresques, du travail de  laboratoire, des engagements de vie.. ont accompagné les recherches réalisées en amont et en aval, et de l’intérieur. Dans le champ des sciences politiques ayant pour objet le Maroc, il existe de vraies interactions de vies, de personnes ayant vécu chacun à sa manière l’expérience de la recherche. Les récits épistémologiques que l’on peut recenser auprès de nombre de chercheurs sont d’une signification déterminante.

 

 

Le statut de la science politique parmi les sciences sociales au Maroc n’a pas cessé d’évoluer depuis l’indépendance : tantôt la science politique ou son projet ayant pour objet le Maroc, se retire à l’arrière-plan, derrière les sciences du droit, de l’économie, ou de l’histoire, de la sociologie.. Tantôt elle se confond avec d’autres disciplines comme l’anthropologie, la sociologie, etc..et souvent,  elle s’adonne davantage aux regards extérieurs d’autres traditions de recherche, anglo-saxonnes ou continentales, ou même d’autres horizons, armées des ressources scientifiques et matérielles propres à leurs champs social-scientifiques et à leurs histoires propres. D’autres fois, elle est emportée par la tentation « caméraliste », au sens de confusion de l’agenda du chercheur avec celui des décideurs ou des acteurs..

La science politique dont l’objet est le Maroc  a donc mis bien du temps à se frayer un chemin sous le ciel marocain des sciences sociales (1). Son itinéraire épistémologique ne se réduit pas à la seule problématique de la définition de l’objet propre. Il ne se définit pas seulement par rapport aux champs disciplinaires proches, mais s’articule sur les problématiques de la configuration du champs politique, du profil des acteurs, des règles du jeu, de l’évolution du  « système politique », de l’art politique..Elle renvoie également à la variété des postures esquissées sur le plan méthodologique et conceptuel, afin de saisir le réel politique du pays. Des tendances souvent communes aux sciences sociales mais avec des tendances propres à ce champ ont émergé avec force: approches positivistes, empiriques, de sociologie historique,  recherches quantitativistes et décryptage qualitatif, démarches explicatives et compréhensives, rapport au terrain, place de la théorisation, questions d’éthique(2)..

Ceux qui ont fréquenté ce domaine, donnent l’impression que des choix ont été effectués, bien que se maintiennent des doses considérables d’indétermination, et alors qu’entre temps, le paysage politique, ses acteurs ses dynamiques, ses enjeux, ne cessent de changer..Les récits épistémologiques qui se dégagent de nombre de démarches, les cheminements reconstitués, les témoignages de diverses natures sur différentes expériences de recherche dans le domaine constituent autant de repères utiles pour l’élaboration d’une histoire de l’émergence de la science politique dans un pays comme le Maroc.

Les réflexions qui suivent tentent de rapporter des observations, des idées, des conclusions, toujours provisoires, des pistes, des séquences de recherche, déduites à différentes étapes de l’expérience heuristique vécue dans le champ politologique marocain(3).

 

 

1.  L’objet de la science politique

 

Il y a quelques temps le caractère problématique de la science politique était manifeste. La discipline semble avoir bien souffert avant d’avoir identifié son objet. Dans le contexte marocain, quel est ce « politique » sensé constituer son objet? La réponse dépend-elle d’ailleurs de tel ou tel contexte ? Comment soustraire l’objet propre de la discipline aux interférences ambigües et déviantes d’autres objets ? La nouveauté relative du champ brouillait les délimitations(4).

Sous le ciel oriental, tous les espaces ne seraient pas politiques, susceptibles de faire objet de connaissance politique. De la situation initiale à la situation actuelle, la science politique, comme bien d’autres sciences sociales d’ailleurs, se conduirait comme si elle avait obtenu une délégation universelle de connaissance, incarnée via le chercheur lui-même de « la chose politique ». Elle engloberait des objets communs, se référant à des disciplines universelles : histoire, théologie,  savoir politique profane, études des faits sociaux.. Du coup, elle semble marquée  de variabilité, de fluidité, d’évanescence, et de diversité.

Toutefois la question de l’identité de la discipline qui n’a pas cessé d’être posée, demeure toujours centrale.. Elle est en permanence interpellée par d’autres disciplines qui se définissent comme concernées par ses préoccupations à titre principal ou secondaire...

Tout serait politique, sorte d’hégémonie de l’homogène, champ surimposé à l’ensemble des champs, alors qu’il semble se dégager des lieux a-politiques, sous-politiques, pseudo-politiques, para-politiques, extra-politiques, épi-politiques, supra-politiques, infra-politiques…Ainsi la lecture de l’historiographie réussissait difficilement à dégager une histoire des idées politiques de celles qui ne le seraient pas. Le problème est celui de l’existence d’une conscience scientifique de ces lieux en plus de leur lien de contact, d’entrecroisement, de confusion, de contradiction.. Les objets paraissent comme aléatoires, les lieux du politique erronés, ne pas correspondre à la réalité, prendre le caractère de discours rapportés sur l’autre ou les autres, marqués de polyphonie,  et créant des lieux par compensation, par défaut.

L’objet proprement dit de l’étude politique se suffit-il à lui-même de manière sui generis ou embrasse-t-il tout le spectre,  tous les prolongements, propensions, racines, commencements.. Les objets manifestes, immédiats, peuvent elles faire écran, comme en témoignent nombre d’études, aux réalités profondes (les zaouïas peuvent-elles épuiser la vérité les partis politiques, les individus citoyens peuvent-ils se passer de leurs fonds communautaires, néo-patrimoniaux…).

Le Maroc investi par la politologie, s’est caractérisé par des démarches de construction volontariste de son objet et cela était quelque peu constitutif de son identité disciplinaire. Sans doute, ainsi que l’a souligné la théorie des sciences le moment de la déconstruction est à venir. Pour l’heure, ce moment est à venir (5).

 

2. Approches

Le déploiement de la science politique au cœur de la réalité politique marocaine avec les précautions méthodologiques requises dans toute science sociale, a permis d’accumuler de l’information, de produire des connaissances, de développer un savoir. De nombreuses voies, tant du point de vue des problématiques que du point de vue méthodologique, s’offrent à l’observation : la dialectique subjectivité/objectivité (mais quels sont les outils méthodologiques permettant de démêler l’objectif du  subjectif ?); la dichotomie entre l’observation de l’intérieur et celle de l’extérieur (cependant peut-on/doit-on connaître du dedans ou/et du dehors ? Cela renverrait à l’intériorisation de l’extérieur et l’extériorisation de l’intérieur (6), aussi tout simplement à la vieille problématique du rapport de l’explication à la compréhension)..Il faut y ajouter une autre opposition remarquable dans ce domaine entre la connaissance fondamentale et la praxéologie, entre le pur cognitif et ce qui est voué à l’action…

La pénétration de la science politique dans le champ scientifique s’est largement ressentie du progrès du débat sur distinction entre approches quantitatives et celles qualitatives : la production de données quantitatives, les corpus de matériaux, d’instrumentation, les chiffres, les statistiques des organismes internes et internationaux, permettent-ils de se passer des vieilles sagesses de la philosophie politique classique, de la science politique dite qualitative ?

Sur un autre plan, il y eut des phases où à travers de nombreux ouvrages avait prévalu l’assertion selon laquelle les données du présent sont reliées au passé et à la tradition. Selon cette vision, le présent ne pourrait être compris sans une prise en considération du passé. Cependant comment le passé agirait-il sur la situation actuelle ? Ce dernier ne serait-il pas passible d’autonomie?(7)

Sous la pression de la commande politique, dans une perspective « caméraliste », se sont confondus à maintes reprises les essais de diagnostic et les postures de prescription. Dans un même ordre, d’idées le passage du chercheur à l’acteur est souvent franchi allégrement. La science sociale se définirait alors comme de l’action militante(8). Les politologues sont des chercheurs en quête d’identité et se frayent leur chemin entre une variété de profils : profession, métier, expertise, consultation, spécialisation(9)…

A cet égard, l’idée de l’existence d’un lien étroit entre science politique et démocratie ressort avec force. La tentation a toujours été grande de relier les déficits de la science politique au manque de liberté politique. La science politique n’aurait de vrai teneur que comme science de la démocratie. Quoiqu’elle a pu bien des fois prendre son envol sous les cieux les plus despotiques. De plus il est trop aisé de démontrer les nuisances épistémologiques de la politisation de la science politique. Mais la démocratie elle-même ne cesse de changer (10). La politique  prend un nouveau ton : la science politique s’articulerait constamment sur un nouvel esprit de gouvernement.

Le politologue peut-il connaître quelque part les paradoxes que vivent les chercheurs d’autres sciences sociales (anthropologie, sociologie …), celui de l’observateur –observé. Quelles sont ses marges d’immersion,  de prise en compte des contextes sociopolitiques de ses objets, dont les sujets… ? Quelles dimensions accorder aux échanges aux interactions verbales avec population étudiée ?

Témoins de cette variabilité des paradigmes et des approches, ce qui pris du relief au cours de la dernière période. Bien des événements, des faits, des actions ont vu le jour : tout un« printemps » au plan national, régional, voire parfois international s’est déployé ; des mouvements de protestation de toute teneur se sont durablement installés sur la scène publique ; des trains de réformes variables ont été enclenchés ; des échanges de coups plus ou moins structurants ont eu lieu entre divers acteurs ; diverses initiatives ont été introduites…

Du coup, les éclairages « politologiques » inédits se sont multipliés concernant les situations politiques comparables à celle du Maroc : le devenir politique est tantôt décrit comme un accident historique, une sorte de miracle, une exception régionale, ou une évolution naturelle ; l’étape actuelle est souvent considérée comme inscrite en tant que séquence plus ou moins logique de l’hypothétique processus de transition démocratique, un épisode ordinaire du néo-autoritarisme, une dialectique des questions internes et celles externes, thématiques fortement présentes  de la littérature transitologique.

 Sont envisagées aussi les incontournables thèses dans le contexte marocain de la transformation politique par le bas ou par le haut, la possibilité des soulèvements, les mobilisations de la rue , des actions quotidienne, des postures de résistance, de l’activisme ambiant, des luttes politiques, voire de ce qu’’une certaine théorie politique appelle « le non mouvement » ; sans omettre les analyses en termes d’islamo-totalitarisme, de déclin de l’islamisme, le post fondamentalisme(12)… 

Il est difficile d’ailleurs de reprendre ici l’ensemble des  approches développées en termes de théorie à propos du Maroc politique. Il ne peut cependant être dans la visée de la science politique d’amplifier les péripéties des évolutions politiques de l’heure, mais bien plutôt de prendre garde de leur restituer leur contenu et sens véritables. La science politique ayant pour objet le Maroc ne peut non plus se contenter d’expliquer la chose politique marocaine après-coup, ou d’accompagner les faits en s’arrêtant sur leurs à-côtés, ou en se spécialisant dans les commentaires sur les  constantes et les variables, les causes profondes, les indicateurs directs et indirects, les facteurs contingents, les éléments endogènes et ceux exogènes...

Elle ne se limite pas à la prospection de ce dont seront faits les lendemains, au décompte des scénarios plausibles...Sa posture est bien plus ouverte face à la nécessité et à l’universalité, mais aussi à la contingence, aux lois d’airain du devenir politique et à l’inédit. Pour l’essentiel, elle appelle l’analyse à s’installer dans un processus d’appréhension, d’explication et de compréhension, d’adaptation permanente aux inflexions de l’objet, à travers une posture intégratrice,  large, globalisante, ouverte sur ce qui a cours en politique  dans ce pays…     

 

3. Grandeurs et limites du terrain

 

Parmi  les distinctions et oppositions qui ont marqué le débat sur les concepts, les méthodes, la théorie et la pratique du terrain dans la science politique ayant pour objet le Maroc actuel, sans doute celle qui a le plus marqué la discipline dans le contexte local est celle qui à maintes reprises a opposé la recherche liée au terrain à celle dite de cabinet. Sans doute n’est-elle pas particulière à ce champ de recherche.

Le recours à la pratique du terrain dans cette partie du monde et dans ce domaine reste tout de même globalement  faible. Il ne semble pas exagéré d’affirmer que les travaux de terrain en science politique se caractérisent par une grande indigence (13). Les recherches de terrain y ont été souvent représentées par les études liées aux grands domaines de la sociologie politique, de l’action politique comme par exemple l’analyse des politiques publiques, le comportement électoral, la communication politique...

Cette tendance accordant la primauté au terrain a voulu s’opposer au travail qualifié de recherche conçues et effectuées dans les bibliothèques et des bureaux à base de revues, synthèses, textes critiques, commentaires, recensions, exégèses, décryptages, lectures... On embellit un peu en opposant la théorie au terrain. Mais « l’invention », à vrai dire l’appropriation marocaine du terrain dans ce domaine, a toujours constitué un processus qui ne peut nier qu’il implique nécessairement quelque part des prédispositions théoriques (14).

Dans le discours faisant l’apologie du terrain, celui-ci a été souvent   posé par certains chercheurs comme une obligation méthodologique, représentant la vraie recherche. Le terrain a été affirmé comme valeur suprême, comme condition sine qua non, les objets étaient sommés d’être investis in vivo, toutes référence à des procédures in vitro, étaient de ce fait normalement proscrites. La théorie critique a déjà montré les limites d’une telle prétention (15 ).

La critique de la ligne de recherche « du terrain tous azimuts » est cependant forte. Outre le constat qu’il n’est pas établi qu’il n’y a de vraie recherche que du terrain, la démystification de celui-ci renvoie aussi à des préoccupations de déontologie. Par ailleurs, accéder au terrain n’est pas aussi aisé. Les valeurs des gens leur langue, les intérêts du terrain, par exemple ne correspondent pas à ceux des chercheurs. 16 Ces derniers se parfois  transformés en militants acteurs. Les représentations entre le chercheur et ses objets d’étude sont loin d’être les mêmes. Les enquêtés n’auraient-ils aucun mot à dire sur les résultats ? Leur avis éventuel sur la restitution ne pourraient ëtre que facultatifs ? Ils ont fait partie de l’effort de production de l’information au départ, qu’en est-il à l’arrivée ?

Bien des exercices des sciences sociales en général, et des sciences politiques en particulier, dont par exemple le traitement des textes anciens, les récits des voyageurs, des marchands, des missionnaires…ne permettent-ils pas de parler d’un terrain sans y être. Par ailleurs le rapport sur le terrain n’est pas le terrain lui-même. Il s’agit d’une construction élaborée par le chercheur. Le même terrain n’est pas décrit de la même manière par deux chercheurs qui ont fait le même terrain. Le terrain est manifestement bavard, éclaté, négativement surproportionné. Le chercheur peut lui faire dire bien des choses sans possibilité réelle de validation. Comment se fier en définitive aveuglément à ce que rapporte la démarche ?

L’éloge du terrain renvoie à une logique qui  peut se décliner aussi en termes de légitimité ou de contre légitimité,  comme position de pouvoir ou de contre pouvoirs. Le chercheur, producteur d’une culture scientifique déterminée ou même d’une contre-culture, ne saurait effacer d’un geste le caractère problématique de la référence à outrance, à la limite du pathologique au terrain..

 

4. Ethique de recherche en science politique

La discipline s’interroge aujourd’hui encore sur la consistance de son parcours, mais il est aujourd’hui suffisamment d’accumulations pour qu’apparaissent plus fortement les éléments d’une déontologie de l’investigation sur ce terrain. En effet le contexte général actuel, le développement quantitatif et qualitatif des politologues et de leur production, ont fait apparaître les éléments d’une charte éthique des sciences politiques visant à définir et à organiser les principaux droits et devoirs de la communauté des sciences sociales de manière générale, et des sciences politiques en particulier(17).

De nombreux facteurs ont profondément transformé les différents champs disciplinaires : la réforme de l’enseignement, la concurrence internationale, la course au financement, l’extension du débat  public sur internet, l’évolution de l’économie éditoriale, les transformations des conditions d’exercice du métier..Ces divers éléments incitent aujourd’hui à réfléchir sur les pratiques des politologues dans le contexte marocain.. L’apparition de la science politique dans plusieurs établissements privés créés au cours de la dernière phase renforce cette orientation.

La préoccupation de rechercher les règles de bonne conduite fait son chemin à plusieurs niveaux : dans les rapports entre les différentes disciplines des sciences sociales, entre les membres de la communauté des politologues, les rapports à leurs objets d’étude, au public lecteur des productions social-scientifiques, et dans le domaine de l’enseignement entre  étudiants et professeurs...

Dans le contexte marocain, des principes s’introduisent progressivement dans le débat : comment sur le plan de l’enseignement, « dispenser » les fondamentaux, veiller à la qualité de la formation, transmettre un savoir actualisé, travailler à perfectionner les compétences, pratiquer l’aller-retour nécessaire entre théorie et pratique, respecter l’’homme à travers l’apprenant en le mettant au centre de la relation de formation et en le considérant comme un individu global, délimiter les modules, définir les thématiques disciplinaires et transdisciplinaires indispensables pour améliorer l’état de la science politique dans les institutions d’enseignement du pays, œuvrer pour la cohérence entre les valeurs et les pratiques institutionnelles, former sur les enjeux de demain.. ?

La contribution à l’élargissement du débat public apparaît comme une nécessité. La reconnaissance de manière concrète de la légitimité de la divergence devient plus naturelle. Il en est de même de la  nécessité pour les politologues de participer dans le contexte qui prévaut à l’approfondissement d’une culture de la civilité, de contribuer au processus de formation de la citoyenneté dans le pays.

Cependant, l’image du professeur/chercheur plus fortement présent dans le  débat public à travers les médias a attiré l’attention de nombre de chercheurs sur des pratiques excessivement médiatiques pouvant porter préjudice au statut de la science politique, des comportements comportant le risque de décrédibiliser la science politique, par l’ intervention irréfléchie dans tous les débats, sans respect pour les spécialités, ou en se mettant au service des acteurs quelle que soit leur position. La conscience se répand dans les milieux politologiques que la vulgarisation ne devrait pas conduire à la déformation de l’information scientifique.

Se fait ressentir la nécessité de reconnaître le principe de l’honnêteté, ce qui ne signifie pas autre chose que de contribuer à la diffusion d’une culture de rigueur et d’exigence, de rechercher de l’impartialité dans le raisonnement, de s’engager avec les partenaires de ce champs disciplinaire sur la base des règles de l’équité, de la bienveillance, de l’humanisme, de la dignité...De même est débattue la nécessité pour les politologues de n’intervenir que dans leur domaine de compétences, de s’imprégner en toute rigueur de l’indépendance scientifique, de travailler dans l’esprit de la nécessité d’un accès de tous à l’information,  de communiquer les résultats de la recherche aux politologues, les chercheurs et les enseignants..à être de moine en moine généraliste..

On constate que grandit l’importance de diffuser une culture de la responsabilité  vis-à-vis des enquêtés (accord, confidentialité, anonymat, respect de l’anonymat des sources..) et des financeurs (caractère moral des engagements pris, leur légitimité, du rapport aux financement..) ..

 

5. La science politique dans le champ scientifique et intellectuel marocain

 Faire œuvre de science politique au Maroc aujourd’hui ne répond pas à un simple désir volontariste d’instaurer une division artificielle des tâches entre universitaires de différentes spécialités relevant des sciences sociales, ni à la délimitation d’un territoire que l’on entend s’attribuer, ou à une répartition formelle du travail entre institutions universitaires à la recherche de créneaux encore libres qu’elles pensent pouvoir investir. Il constitue une exigence majeure du champ culturel marocain actuel.

Les travaux de la science politique, pour la production de connaissances dans le domaine du politique, et leur plus large diffusion dans la société, loin de tout académisme étroit, ou des savoirs à huis clos, visant le statut de ce que certains courants de la sociologie nord-américaine ont baptisé de « sociologie publique »(18) , mais en veillant à la rigueur et à la dignité scientifiques de la chose politologique.

 Les besoins des chercheurs devenus plus nombreux dans ce domaine, et de plus en plus producteurs de textes et d’ouvrages, en tribunes d’expression, en possibilités d’édition, s’accompagne d’un développement des outils de collecte et de capitalisation de cette production, qui rende possible un débat scientifique sur les recherches menées, leur donne plus de sens et de cohérence, les soumette à aux mécanismes de socialisation du savoir scientifique, dont l’examen critique, tout en accompagnant les débats publics, donc citoyens,  qui ont cours dans la cité sur une variété de sujets politiques, nationaux ou locaux(19).

L’augmentation du nombre de politologues, ou de ceux qui s’intéressent à la chose politique dans le pays d’un point de vue « objectif », la diversification des sujets politiques abordés, expriment sans doute la naissance d’un nouveau champ de connaissance qui ne saurait s’épanouir sans revues et sans publications spécialisées. L’accroissement du nombre de publication d’ouvrages ou d’articles apparaît comme l’expression de la maturation du champ politologique qui a cours au Maroc aujourd’hui. Ces publications impressionnantes au cours des dernières années s’inscrivent dans la lignée des savoirs produits sur le politique au Maroc par des sciences pionnières et connexes comme la sociologie coloniale, l’anthropologie, l’histoire, l’économie, la linguistique, les sciences juridiques…

Le développement de la science politique traduit le développement de processus plus profonds de constitution d’un espace public, d’un passage plus significatif de la société au politique, à une étape où le débat sur la chose publique s’amplifie, à un moment qui paraît des plus sensibles concernant les interrogations sur la transition démocratique.

La connaissance du politique ayant le Maroc pour objet ne s’effectue pas en vase clos. Elle vise en même temps à investir le politique dans les espaces comparables au nôtre dans la région et ailleurs. Les préoccupations scientifiques locales ne sauraient se dissocier de ce qui se fait dans les domaines de la science politique au plan universel. Une ouverture convergente avec la recherche avancée dans le monde, à travers ses lieux institutionnels (associations internationales, régionales, centres, instituts spécialisés..) est possible, mais aussi à travers de nombreux chercheurs reconnus au niveau international et qui développent des projets de recherche plus que respectables au plan moral et scientifique sur la politique dans le pays et la région.

 

  Notes

1.   Abdallah Saaf,  Politique et savoir au Maroc, Nouvelle collection Atlas, SMER, Rabat, 1991

2.   Les enseignants chercheurs se souviennent de l’effervescence qui a accompagné la lecture et le débats au sein de l’université marocaine dans les années soixante-dix de l’ouvrage, entre autres,  de Mills(C .Wright ), L’imagination sociologique, Maspero, Textes à l’appui,1967

3.   Lorsque le matériau accumulé à travers différentes expérience, il sera possible d’élaborer un récit épistémologique plus convaincant. Voir les textes de Khatibi(A), Chemins de traverse. Essais de sociologie, IURS, Rabat, 2002

 Abdallah Saaf,  Politique et savoir au Maroc, précité

4.   Jean Loup Amselle, « Logique métisse »1999).

5.   Voir Bourdieu (P) Leçon sur la leçon, Paris, Minuit, 1982 et Sartre(J-P), Questions de méthodes, 1960 

6.   Saaf L’espérance d’Etat moderne, Afrique-Orient, Casablanca,

7.   Abdallah Saaf, Politique et savoir,

8.   Pascon(P), Pour une science de l’homme, ni neutre, ni soumise, in lamalif n°81,juin 1976

9.   Voir le dossier de la Revue Marocaine de Science politique, n°1 RMSP…

10.               Colloque Morlino

11.               WWW

12.               Pascon(P),.Paul Pascon. 30 ans de sociologie du Maroc. Bulletin Economique et Social du Maroc.Textes anciens et inédits 

13.               Le magazine des livres,

14.               Voir le dossier de la Revue Marocaine de Science politique, n°1 ; 1910 ; …

15.               Pascon (P), in Pascon. 30 ans de sociologie du Maroc. Bulletin Economique et Social du Maroc.Textes anciens et inédits  Courte visite dans la cuisine des sciences humaines, 1984 ; pp107 -114 ; du même auteur, La sociologie pourquoi faire1979 ; le reglage du texte

16.               Mills(C.W), L’imagination sociologique, précité,

17.               Rabinow(),

 Bourdieu(P), Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004.

Corcuff(P), de quelques impensés de la rupture épistémologique, dans Edwige Rude-Antoine et jean Zaganiaris (eds),Croisée des champs disciplinaires et recherches en sciences sociales, Paris-Amiens, PUF, coll.CURAPP,2006.

18.               L’expression est de Michael Borawoy

19.               Les revues se sont multipliées :