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L’un de nos penseurs vivants a confié récemment à un journaliste sur le ton de la méditation profonde à propos du souvenir qu’il garde de l’attitude de la gauche vis-à-vis de la Marche Verte: « Lorsqu’elle fut décidée et annoncée par le souverain  (le Roi Hassan II), la gauche marocaine n’a pas montré une vraie adhésion ou des signes d’empressement et encore moins de l’enthousiasme».

En réalité, une grande partie de la gauche institutionnelle, mais aussi extra institutionnelle, a appuyé l’initiative, applaudi à ses résultats, défendu ses acquis durant les quatre décennies ayant précédé, presque sans réserve, de manière inconditionnelle, sans même être intimidée par l’accusation provenant de sa gauche de faire le jeu du makhzen.

 

Une grande partie de la gauche s’est identifiée à la cause nationale et l’a portée dans des missions d’information et d’explication auprès de nombreux Etats, devant les instances   d’organisations internationales dans le cadre de plaidoyer auprès des forces politiques économiques et sociales, de rencontres de toute nature de partis politiques, de syndicats, de la société civile, aux quatre coins du monde. La mémoire de notre génération est pleine de mines de récits de ses combats pour l’intégrité territoriale du pays, et les chercheurs devraient s’empresser de les recueillir avant que l’oubli ne les engloutisse aussi.  Ces combats furent menés et souvent gagnés dans des pays où les ennemis de la cause nationale étaient présents dés les débuts comme la Libye, la Syrie ou le Liban, voire même au Soudan, par dans des militants bien connus de l’OADP, de l’USFP, du PPS, auprès de l’Internationale Socialiste.. On se souvient aussi des échanges très durs entre Omar Benjelloun et Ahmed Baba Miske sur RFI au temps où RFI à elle seule, dans les conditions de l’époque,  représentait un force de pression considérable.

Le nationalisme de la gauche marocaine est marqué d’un itinéraire particulier qui donne sens à sa démarche globale à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. C’est une chose que de parler des effets du renforcement du régime du fait de cette adhésion au processus déclenché par la Marche Verte ou articulée sur elle, et que nombre de politologues (Santucci par exemple, mais entre autres), décrivent en termes de récupération, de makhzénisation, de satellisation. Et de fait, la maitrise du processus enclenché dans les provinces du Sud par l’Etat à l’époque ne pouvait que renforcer cette représentation et ses corollaires. Mais la thèse était trop facile et vue d’un seul coté. C’est autre chose que d’invoquer la justesse et la légitimité de sa position de fonds sur la question des territoires du sud et ses conséquences sur son évolution dans le champ politique.

Diverses composantes de la gauche, et non seulement l’institutionnelle, voyait bien que dans le feu de l’action, et sans doute sur la base de calculs politiques, la mobilisation avant, au cours et après la Marche Verte, ne se faisait pas sans la mise en œuvre d’aspects négatifs anachroniques sur le plan idéologique et pratique , non démocratiques sur le plan politique (retraditionnalisation de la vie politique, limites aux libertés, régulation politique dans le sens du renforcement du régime..), dans un contexte où les relations entre les autorités se caractérisait par une grande tension. Il faut aussi convenir que quelles que soient les arrière-pensées des uns et des autres, au-delà de ces à-côtés sensibles, la gauche dont il est question ici, avait fait son choix : la défense de la patrie. Le souverain  comme la gauche avaient souvent su transcender les positions respectives.

Le  nationalisme de gauche n’est pas né d’hier. La gauche est elle-même dans une large mesure fille du Mouvement National. Elle a vécu un cycle d’évolutions qui est passé par plusieurs moments : 1/le moment de la lutte nationale, comme acteur de ce que le sociologue Anouar Abd El Malek avait appelé le moment de l’élan « nationalitaire » ; 2/ après l’indépendance, le nationalisme de la gauche, du temps de Ben Barka et de Abdallah Ibrahim notamment, avait pris une teneur plus territoriale, fixé sur l’évacuation des bases militaires étrangères, la réintégration de fragments de territoires restés  sous contrôle étranger, jusqu’à la récupération des territoires du sud ; 3/ avec ce qui fut baptisé de « mort lente du mouvement national » ( Claude Palazolli), c'est-à-dire l’enclenchement d’un processus de fragmentation de ses composantes, la disparition physique du devant de la scène de personnages emblématiques, le nationalisme marocain a pris le sens d’ensemble de normes, de charte éthique, concernant « les forces démocratiques », « la ligne nationale démocratique », « le bloc démocratique »,  « la presse nationale démocratique »,  « les organisations démocratiques », « les démocrates », au-delà de leur affiliation partisane (Istiqlal, USFP, PPS, OADP..) ; 4/ aujourd’hui, un contenu stratégique est davantage affirmé, mettant l’accent sur un degré avancé de l’accomplissement national du pays, dans son contexte régional, du point de vue de son articulation sur son voisinage géographique, ses projections continentales et intercontinentales, dans un monde d’abord bipolaire, unipolaire, puis marqué par les projets d’émergence..

Pour la gauche, peu d’éléments ont changé depuis 1975 pour qu’il soit nécessaire de procéder à une révision quelconque :

1/ Le vieux débat sur « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » toujours déclamé par les  ennemis de la cause nationale,  le droit de se constituer en Etat indépendant, opposé à la thése de l’unité nationale, et que n’ont pas pu trancher K.Marx, F. Engels, Rosa Luxembourg, Lénine, Staline, Trotski, et les vagues successives de leurs héritiers, débat qui persévère aujourd’hui encore sous des formes différentes comme en Catalogne ou en Ecosse, est un débat indéterminable, indécidable. Il ne saurait être tranché d’ailleurs contre les données de l’histoire.

Une variante de cette dimension du débat est reprise par quelques uns de nos concitoyens sous le slogan de « Pour une solution démocratique du conflit du Sahara ». Force est de constater que la formule ne recèle qu’une valeur rhétorique, qu’elle est vague, qu’elle n’a pas de contenu véritable..

2/ Les camps de réfugiés de Tindouf, ne ressemblent en rien à ceux de Palestine, d’Afghanistan et aujourd’hui de Syrie. Des éléments de sentiments national ont pu y voir le jour par la force des choses, mais le contexte est pathologique, un peu forcé, déployant une pression de calculs de caractère stratégique formulé par un Etat qui s’était fixé comme objectif de dominer la région, sans en avoir les moyens (voir les récents documents déclassifiés par le Département d’Etat américain et sur la navette de Henry Kissinger dans la région au moment de la marche verte). Le tableau est fort déséquilibré par rapport à la grande majorité des populations habitant les provinces du Sud et attachés à l’unité du pays, en dépit de l’existence de poches en définitive symboliques, trop communicationnelles, trop « agit prop », saisissant toutes les opportunités pour tenter de convaincre de la faiblesse du lien national, des témoins de passage trop pressés, de trouver quelque part des peuples opprimés et de leur venir en aide, exploitant tout azimuts divers motifs de mécontentement de politique intérieure, et différents aspects économiques, sociaux  et culturels. Manifestement ne sont pas réunies les conditions de l’existence d’un mouvement national, ligoté par les desseins d’une puissance étrangère, fortement instrumentalisé par elle, et de manière ostensible contre les intérêts nationaux d’un pays voisin, perçu comme un obstacle au déploiement de son influence dans la région.

3/La Marche Verte était venue après les secousses politiques du début des années 70  entamer un début d’ouverture politique à travers une lente libéralisation, puis un long processus de réformes politiques plus ou moins importantes, et qui continue aujourd’hui encore. Les projets importants lancés à l’occasion de la visite royale à l’occasion du quarantième anniversaire, aussi bien sur le plan institutionnel, que sur les plans économique, social et culturel peuvent constituer une nouvelle rupture permettant des avancées majeures dans le sens de l’intégration du pays dans le grand mouvement de l’histoire.

L’approche politique est pertinente et la gauche pourrait se fixer comme responsabilité de veiller à ce qu’il en émerge, entre autres, une régionalisation fortement articulée sur une démarche d’approfondissement des divers processus de démocratisation à l’œuvre aujourd’hui dans le pays, d’une décentralisation conséquente, un respect aussi irréprochable que possible  des droits de l’homme, la consécration d’un pluralisme authentique. De même son devoir est de veiller à ce que les divers programmes de développement économique annoncés soient pleinement marqués de justice sociale, de respect pour la dignité humaine et de progrès pour  l’ensemble du pays.

Abdallah Saaf, Directeur du Centre des Etudes et Recherches en Sciences Sociales