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 Abdallah Saaf

Le professeur Abd El Hadi Boutaleb (AEHB) sait imbriquer dans ses textes le descriptif, au narratif vécu personnellement de l’intérieur, à l’analyse. Il n’est pas du genre à se livrer à un exercice d’écriture extérieur. Il participe toujours d’un engagement, d’une certaine militance que l’on ne peut dissocier de l’ambiance particulière vécue par ces élites nées à l’ombre du mouvement national et en interaction avec lui. Cette écriture est aussi le prolongement naturel d’une vie politique personnelle intense. Il s’agit du regard d’un homme d’Etat et d’un acteur, spectateur et engagé.

Nous avons affaire au récit d’un intellectuel à la vaste culture, accompagné d’une réflexion d’ordre à la fois stratégique et moral. Ce n’est pas trop dire que d’affirmer qu’en dépit de son souci de la convenance, de ses précautions de langage, il nous met face à un  type d’écriture existentielle d’une grande densité. Il rapporte les faits dont il a été directement témoin, la manière dont les hommes de sa génération ont conçu, construit ou se sont représenté l’histoire de leur pays et celle de l’ensemble de la région, telle qu’elle se déroulait sous leurs yeux, avec ses moments cruciaux et dramatiques, ses anecdotes, ses hommes rencontrés au fil des événements et dont l’histoire retiendra le profil pour le meilleur et pour le pire.

Il raconte par exemple comment, après la guerre de juin 1967 il fut accueilli par Abdelkhaleq Hassouna :

« J’étais à l’époque ministre de l’Education Nationale au sein du gouvernement marocain et je remplaçais le ministre des Affaires Etrangères, lorsque je fus accueilli par Abdelkhaleq Hassouna. Sur le champ, je lui ai demandé : « Est-ce que le secrétariat de la Ligue a préparé les moyens appropriés permettant d’effacer les séquelles de l’agression pour que je puisse la présenter aux délégations ? Des contacts individuels ont-ils eu lieu avant la réunion pour orienter les délibérations et les éloigner des convenances discursives et pousser les délégations à prendre des décisions positives au niveau des événements ? la Ligue a-t-elle préparé un projet de plan d’action pour faire face à l’agression ?.. ». Il me répondit que la question est du ressort des chefs de délégations.. » AEHB s’y attendait : Il ne ressortit rien de la réunion qui avait pourtant comme d’ordre la mobilisation des énergies pour liquider les séquelles de l’agression. (« Contemplations sur la question arabe » p14). 

Plusieurs des ouvrages de AEHB dressent des portraits, des témoignages des jugements sur des hommes, les grands et moins grands, comme Nasser, Sadate, différentes figures dirigeants de la région, de putschistes..De ce point de vue, pour le lecteur de la région, les écrits de l’auteur constituent une immersion dans cette période des années 50, 60, 70, et 80..

Intéressé par la pensée politique marocaine, j’éprouve chaque fois un grand plaisir à fréquenter les écrits d’AEHB. L’œuvre entière retient mon attention, mais plus particulièrement les textes qui nous interpellent le plus ici sont les « Contemplations sur la question arabe », « Entre le nationalisme arabe et la solidarité islamique », « L’islam aujourd’hui », ses mémoires sur « Un demi siécle de politique »..

 

La littérature des batailles  et des guerres perdues

Mais ce qui nous intéresse dans ces textes ce n’est pas seulement de nous y livrer àune collecte d’éléments significatifs de regards, de fragments de mémoire, d’un auteur averti et très tôt initié aux questions du monde arabe. La lecture des textes d’Abdel Hadi Boutaleb menée ici entend mettre en relief une problématique particulière. Elle est à relier à ce genre de textes dont la thématique centrale porte sur les batailles non remportées, les guerres perdues, les grandes confrontations conclues entre des Etats et derrière eux des sociétés, par un échec, une défaite, par un désastre.

Après une défaite, à l’heure de l’analyse, dans les pays où eurent lieu des confrontations armées déterminantes, des intellectuels ont tenté de réfléchir sur les raisons de leur effondrement face à l’ennemi, au-delà de l’abattement et des désespérances dans l’immédiat.AEHB écrit : « Il y eut la défaite arabe en novembre 1948, puis l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956, puis la défaite de juin 1967 au cours de laquelle une agression flagrante nous a écrasés et à propos de laquelle le président Nasser a déclaré « qu’elle est venue d’un côté qu’il ne soupçonnait pas ».  En réalité, elle n’est venu ni du côté Est ni du côté Ouest, mais nous eûmes à y faire face du fait de notre disponibilité à être agressés, en raison de la dispersion des rangs, de nos représentations non étudiées et de nos actions improvisées ».

L’évaluation des raisons qui expliquent les défaites et les échecs d’un pays ou d’un groupe de pays d’une région, occupe une place de choix dans les écrits d’AEHB. C’est cet aspect principalement qui est  sollicité  à travers cette de relecture de ses textes.

Au-delà du monde arabe, dans la littérature occidentale, voire universelle, cette problématique a souvent suscité un grand intérêt intellectuel et a fait l’objet de livres qui ont marqué l’histoire de la pensée. A titre d’exemple, citons l’ouvrage intitulé « Le métier d’homme », de Jorge Semprun qui y a regroupé trois conférences qu’il fit sur respectivement sur trois grands intellectuels : Husserl, Bloch, et Orwell à partir de l’angle de ce qu’il appela la morale de la résistance. L’auteur s’y révèle certes comme un précurseur du sentiment européen. Cependant, la dimension qui nous intéresse le plus est son analyse des facteurs qui ont conduit à la défaite, aussi bien analyse de l’état matériel que de l’état moral à son origine: quels seraient les facteurs qui expliquent les effondrements nationaux ?

Cet exercice souvent pratiqué par de grands penseurs, chercheurs, et il s’agit de dimensions importantes de leur production. Ainsi par exemple de Raymond Aron dans différents textes, et jusque dans ses Mémoires, y développe ses réflexions sur différentes guerres de l’histoire contemporaine, y compris celles concernant directement la zone arabe. Cette littérature n’est pas non plus étrangère aux auteurs de la région arabe. Celle-ci en effet a toujours connu ce genre de littérature. Il suffit de rappeler les écrits d’après guerre, comme celle, après la défaite de 1967, comme ceux d’Adonis, Nizar kabani, Mahmoud Darwich…  Un des textes les plus classiques sur ce genre est celui de Yassine El Hafez, celui de sa biographie intellectuelle et dans d’autres textes sur les limites des sociétés arabes intégrés  dans son livre : « la défaite et l’idéologie défaite ». Plus proche de nous, au Maroc, il convient de se référer aux écrits d’Abdallah Laroui dans ses « Impressions du matin » (khawater essabah).

Il n’est pas question ici de parler de l’ensemble de la démarche de cet intellectuel et politique que fut AEHB et  qui se caractérise d’ailleurs dans l’ensemble par une grande cohérence, mais simplement de dégager quelques dimensions sur quelques aspects saillants de cette question particulière, l’analyse d’une défaite et ses perspectives d’avenir. C’est cette dimension bien particulière que mettent en relief certains écrits de AEHB et dont il importe de rappeler des passages des plus significatifs à l’occasion de cet hommage au disparu. Trois axes permettront de prendre la mesure des idées d’AEHB :

1)-la disponibilité de la région à l’agression,

2) la question de l’unité arabe et la ligue arabe,

3) les caractéristiques du nationalisme arabe tranquille que AEHB fait sien..

 

  1. I.            L’aptitude des états de la région à subir l’agression extérieure et intérieure

Boutaleb parle des deux agressions dont le monde arabe aurait été l’objet depuis le début et qui expliquent ses défaites face aux grandes épreuves, les guerres qu’il eût à mener et qui ont signé ses échecs à chaque coup. L’auteur distingue entre deux types d’agressions, l’une serait extérieure et l’autre intérieure.

Depuis les origines, l’objectif initial des auteurs du complot (les puissances occidentales, les ennemis des peuples de la région, de l’islam..) visaient à isoler le monde arabe du reste du monde musulman, entreprendre de le fragmenter, de déconstruire la force potentielle qu’il portait.

Cela se situe dans un processus historique devenu familier dans le discours politique arabe contemporain. AEHB cite les repères bien connus de cette évolution, ce que tous les hommes politiques de la région ont l’habitude d’énumérer comme moments marquants du complot : la crise de l’empire turc, le thème de  l’homme malade ; l’évitement de la domination directe en général, le cas particulier de la domination de l’Algérie ; la mise sous protectorat de l’Egypte ; de l’Irak ; de la Tunisie ; la mise sous mandat de la Syrie, du Liban, de la Palestine, les processus de colonisation  particuliers à chaque pays; Sykes-Picot mars 1916 ; la Déclaration de Balfour en novembre 1917 ; la Conférence de Saint Raymond en juillet 1922 ; l’application du mandat britannique le 29 septembre 1923 ; la Résistance ; le congrès judéo-arabe de février 1939 ; la démarche de Bevin , ministre britannique des Affaires Etrangères en1946 pour les deux Etats ; la sortie de la Grande-Bretagne  le 15 mai 1948, etc..

Le monde arabe n’était plus en état d’organiser sa défense et de prendre des initiatives dans ce sens dés le départ, du fait du mode de sa formation au XXiéme siècle, après la seconde guerre mondiale, il l’est encore moins aujourd’hui. En outre ses agitations le conduisent à mener à bon terme lui-même sa propre destruction.

AEHB dégage ce qu’il considère comme les grandes vérités de la situation:

1) la continuité des fils de ce complot tissés depuis les origines contre la nation arabe par ses adversaires à travers la longue durée, et les desseins bien enracinées dans les profondeurs du passé, notamment le partage de la région en zones d’influences..

2) le complot a également revêtu l’aspect d’une agression contre le monde arabe en passant de la forme de colonialisme direct, à la création d’entités diverses et dispersées avec les indépendances, à l’ombre de la possibilité de subir en permanence une agression par la suite..

3) le troisième élément est représenté par le fait « que les Arabes eux-mêmes considèrent comme allant de soi le fait de leur soumission à cette réalité de l’agression, comme à une fatalité incontournable, avec laquelle ils n’y aurait d’autre choix que de coexister, comme à une donnée ayant quelque chose d’irrémédiable et contre laquelle on ne peut rien.. ».

A cette agression extérieure s’ajouteune agression intérieure. Celle-ci revêt différentes figures :

1) AEHB s’inscrit contre le principe de fatalité. « Cela s’incarne dans nos comportements et la manière dont nous traitons nos affaires et même dans notre langage. Ce que traduisent aussi nos sagesses et proverbes. On observe la  prédominance dans la conduite de l’homme arabe, jusque dans ses préoccupations les plus ordinaires, la fuite de la responsabilité, y inclus dans les aspects les plus simples de la vie quotidienne, puisque nous essayons d’attribuer la cause de ce qui nous arrive  à la fatalité, aux circonstances, à des accidents naturels, c'est-à-dire aux autres » (« Contemplations sur la question arabe » p25) Il en découle pour notre auteur que tout retour sur l’échec, la défaite, la régression impose d’avoir le courage d’effectuer dûment son autocritique, d’assumer sa responsabilité, et non pas de la fuir, d’une manière ou d’une autre.  

2) Outre cette attitude profondément culturelle, l’émergence à un certain moment de notre histoire de régimes militaires s’accaparant de l’autorité, au lieu et place des civils, a constitué un facteur supplémentaire d’inefficience. Le coup d’Etat de Housni Azzaîm donna le signal aux processus de coups d’Etats en chaîne dans le monde arabe : il ne tarda pas à être suivi quelques mois après par celui de Sami Hanaoui, moins de deux années après par celui d’Adib Chichkali, puis ce fut le tour de coups ou tentatives de différentes ailes du parti Baâth en Syrie, du coup d’Etat nassérien en Egypte, d’un coup militaire en Irak et ailleurs.. La militarisation est à l’origine d’une diminution des capacités militaires professionnelles des Etats de la région et de leur vulnérabilité devenue depuis lors quasi structurelle.

3) Il se dégage de ce qui précède une image qu’il qualifie lui-même de « sombre »,  qatima, engendrant un grand désordre, devant lequel l’auteur exprime son angoisse, L’auteur procède à un diagnostic sans merci des différentes étapes de la vie politique de la région.

Ces développements sont prolongés par l’examen de la question palestinienne. Il reprend élément par élément les pièces du dossier de l’affaire palestinienne, d’un point de vue arabe, en partant des notions de base, de la généalogie de la question, des prolongements, des conséquences: le « peuple juif », le « peuple palestinien », la lutte de ce dernier, les rôles des diasporas, les débuts de la résistance populaire jusqu’à la création de l’OLP, les échecs, les catastrophes, les souffrances, les perspectives..

L’analyse de la situation libanaise permet aussi à notre auteur de compléter le tableau depuis la période du Liban consensuel en passant par le Liban  en crise, le Liban patrie des multiples confessions avec leurs Etats respectifs dans l’Etat,  le Liban arc-en-ciel et ses enveloppes partisanes plus ou moins significatives, jusqu’à l’état de guerre…

Le plus remarquable est qu’AEHB reste dans l’hypothèse de la nécessité de relever le défi dans une perspective bien plus large. Il pose clairement et fermement la nécessité de refuser la défaite et de se convaincre soi-même que les Arabes sont capables de redresser la barre, de reprendre l’initiative, et de réussir.

 

 

  1. II.         Sur la Ligue arabe/ un nationalisme institutionnel

AEHB ne se contente pas de dresser un bilan négatif. Il souligne les points faibles et les points forts de la situation qui prévaut dans le monde arabe, prenant soin de mettre bien en relief les potentialités, les corrections à introduire, les changements à opérer. Il ne se démarque pas du panarabisme. Il s’y maintient comme à une terre ferme, même si les échecs l’ont fragilisée.

Il propose de nouvelles bases pour l’unité arabe. Il ne peut plus être question de discourir sur l’unité arabe comme on le faisait par le passé. Il faut s’atteler à construire un autre arabisme fondé sur d’autres principes.

Il recommande de ne pas parler d’unité avant d’assainir d’abord les relations interarabes. Il propose que les Arabes entreprennent un long travail de formation du « citoyen arabe » convaincu de l’idée de l’unité. Il conseille de faire prévaloir une citoyenneté arabe. Peut-être en disant « citoyenneté » pense-t-il davantage à « appartenance » à une communauté plus vaste que celle du pays où l’on vit. Tout porte à croire qu’il ne s’agit pas du processus de formation de la citoyenneté tel qu’on l’entend dans la phase actuelle comme élément de transition démocratique. Toujours est-il que dans cette perspective, il propose de construire l’unité arabe à partir de la base et non depuis le sommet.

AEHB accorde une large place à l’idée de la nécessité d’une plus grande prise en considération des facteurs économiques. Il prêche aussi une certaine parité en termes de ressources : mais ce type de recommandations peut difficilement expliciter comment aménager concrètement cette idée de parité. Il insiste aussi sur la nécessité de passer par les regroupements régionaux comme étape intermédiaire nécessaire..

Il est convaincu que le domaine de l’activité éducative, scientifique et culturelle peut conférer un plus grand crédit au projet d’unité arabe, en lui ouvrant les portes du  succès, à travers la mise sur pied de véritables institutions éducatives, culturelles et scientifiques. Il parie aussi sur les effets de la mise en place de moyens de d’information et de communication.

Par ailleurs, dans ce credo arabiste, la Ligue arabe doit entreprendre un sérieux travail d’évaluation de ce qu’elle a réalisé dans la région depuis sa création. Celle-ci doit prendre au sérieux son rôle d’acteur principal dans la recherche d’une voie arabe d’action commune, dans différents domaines, notamment au plan de l’action diplomatique et dans le domaine de l’armement. Pour ce, il s’avère nécessaire de réviser son mode d’action, de réviser son pacte  fondateur..

 

 

  1. III.       Caractéristiques du nationalisme arabe d’Abd El Hadi Boutaleb

L’examen du nationalisme arabe tel que l’élabore Abd El Hadi Boutaleb révèle quelques caractéristiques particulières :

Tout d’abord, l’auteur construit un nationalisme arabe sur le socle de la langue arabe et son thésaurus, comme langue du  Coran, appelant à sa protection et si nécessaire à y introduire les aménagements nécessaires. Il développe invariablement une défense de l’arabe, comme référentiel premier, étendard de civilisation. Il exprime son respect total des dialectes, dont l’amazigh, mais comme tous les intellectuels des lendemains de l’indépendance, ceux précisément de sa génération, sa reconnaissance de l’amazighité s’arrête à ce niveau.

Par ailleurs, AEHB nourrit un nationalisme islamisé avec des contenus souvent définis en termes de religion, et comme reflet de son propre parcours influencé par la salafiya. Son arabo-islamisme se situe à la frontière des deux sphères, l’arabisme et l’islam. Le monde arabe fait partie intégrante du monde musulman et l’un se dissout dans l’autre. Il établit entre eux un lien à partir d’un positionnement marocain, lieu particulier dans le monde arabe, marqué par l’absence de toute autre religion, et à l’intérieur de la même religion, l’absence d’une sensibilité autre que malékite. Dans « L’Islam aujourd’hui », il plaide pour la cause de la religion islamique en considérant qu’elle peut jouer un rôle important dans l’entreprise de développement économique et social. Il vante sa souplesse, sa modération, sa posture fondamentalement opposée aux extrémismes, mais n’en appelle moins à la modernisation de l’islam.

Curieusement, à travers la démarche d’AEHB, s’articule sur le nationalisme arabe d’AEHB un nationalisme local  typiquement marocain. Le lien entre l’Etat al qotri (national local) paraît naturel avec celui d’Etat national arabe. Il n’y aurait pas de contradiction entre eux. En réalité l’éclairage nationaliste arabe lui sert aussi pour comprendre ce qui se trame au regard de la situation marocaine par rapport à son voisinage immédiat. Les complots qui se trament contre le pays ne différent pas de son point de vue de ce qui a cours dans les autres pays arabes. AEHB ne manque aucune occasion pour rappeler les similitudes entre l’Orient arabe et son occident.

Par ailleurs, le nationalisme arabe de Boutaleb se veut raisonné, il s’agit du nationalisme des élites éclairées de la région. Notons que notre auteur parle avec respect du nationalisme de type nassérien. Il lui reconnaît une certaine légitimité. Le lecteur aurait des difficultés à trouver sous sa plume une condamnation quelconque des différentes expressions nationalistes arabes : nassérienne, baâthiste ou autre... Simplement, il lui demandait de tenir compte de l’évolution des faits, de s’accrocher aux réalités, d’être plus pragmatique. Il est important de relever combien la démarche de notre auteur est soucieuse d’ancrage dans les réalités..

 

Son nationalisme ne relève pas non plus de l’ordre du sentimental. Il est fondé sur des considérations stratégiques. L’objectif d’efficacité y est majeur. Il se décline en termes de rapports des forces à construire, d’un pouvoir de négociation à consolider  à l’échelle globale de la région ou au niveau de ses Etats arabes respectifs.

Ce nationalisme à forte référence religieuse, dont la substantifique moelle est la langue arabe et sa bonne pratique, qui s’attache à une certaine unité de la région, et est à forte teneur locale, raisonné, de nature stratégique, s’affirme aussi comme un nationalisme démocratique, à base d’élections…Il s’appuie  principalement sur  une démarche réformiste avec un train de propositions clair. L’auteur semble habité par un grand optimisme.