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Les relations maroco-américaines passent dans la conjoncture actuelle, à la suite de la tentative en cours d’imposer au Maroc un mécanisme onusien d’observation des droits de l’homme dans son Sud,  par une épreuve capitale. Cela semble davantage mettre en relief l’affirmation dans un sens stratégique des relations maroco-françaises. La visite du Président français en ce début de mois d’avril 2013 prend a posteriori toute son importance. Elle concerne aussi bien les perceptions de part et d’autre, les préoccupations économiques, l’évolution de la carte institutionnelle dans le pays, les dimensions géostratégiques après le dit « printemps arabe », les questions de sécurité, l’intervention française au Mali..

 

Pour nombre d’intellectuels français, de gauche ou non, le syndrome Gilles Perrault  continue à exercer ses pleins effets. Nombre d’images, de stéréotypes, d’idées toutes faites depuis les dernières décennies du siècle dernier s’imposent encore. Sur les anciennes couches des perceptions sont venues se greffer celles propres à l’air du temps. Ainsi le Maroc serait resté en dehors du printemps arabe, son roi conserverait des pouvoirs considérables, ses acteurs politiques seraient paralysés par un pouvoir qui serait fondamentalement néo-despotique. C’est dire que la monarchie marocaine semble encore inspirer à une grande partie des élites de l’hexagone attrait et fascination, et en même temps, paradoxalement, rejet et répulsion. Il paraît cependant bien expéditif et peu convaincant d’intégrer le royaume du Maroc dans un quelconque club d’autocrates

Rester prisonnier de ce type de clichés revient à ignorer les dynamiques politiques  considérables qui ont cours, même si le chemin qui mène à la démocratie reste complexe et trop ouvert. De véritables ruptures ont été cependant effectuées dans le cadre politique et institutionnel actuel : une dissociation prononcée s’est affirmée entre le statut de Commandeur des Croyants  et celui de roi constitutionnel jusque là absolument confondus ; il n’est plus d’autre source de législation que le parlement ; les compétences du gouvernement sont relativement mieux délimités par rapport à ceux du souverain; le pluralisme est fortement assumé élargissant considérablement les capacités d’intégration du système…

A ces dynamiques politiques et institutionnelles d’envergure s’ajoutent des  dynamiques sociales non moins considérables: hausse des taux d’alphabétisation et de scolarisation, de la santé, approfondissement des expériences de décentralisation, meilleure aptitude pour entamer l’expérience de la  régionalisation,  renforcement du rôle de la société civile, acquisition de nouvelles dimensions pour le pluralisme linguistique et culturel, extension de la démocratie numérique…

De grands changements ont bien eu lieu, même si des efforts importants restent encore à déployer sur l’ensemble des aspects signalés.

En l’état actuel des choses, les relations maroco-françaises restent déterminées par une logique bilatérale. Aujourd’hui les indicateurs sont fort significatifs : côté français, plusieurs dizaines d’entreprises du CAC sont à l’œuvre au Maroc, des centaines d’entreprises françaises y travaillent (quelques 800). Côté marocain, des centaines d’entreprises ont un lien avec la France (environ 1100). Le Maroc reste la première direction des investissements français en Afrique. Le président français avait publiquement exprimé la volonté de la France de rétablir sa place de premier fournisseur du royaume.

La dernière visite du président français s’est inscrite de manière assez classique dans la lignée des visites de ses prédécesseurs. Des aspects classiques dans les relations  maroco-françaises ont été réintégrés, confirmés, réaffirmés. Lui-même a affirmé que  « la relation qui unit nos deux pays est unique. Elle se situe au-delà des alternances et des variations politiques. Au-delà même des personnes. ». On peut remarquer que la France n’adosse pas sa démarche au statut avancé accordé par l’Union Européenne au Maroc et à sa situation de Partenaire de la Démocratie auprès du Conseil Européen. Mais surtout à cette occasion ont été dégagées de nouvelles perspectives allant dans le sens de l’approfondissement stratégique. Soulignons en quelques uns :

-le président français a défini le Maroc comme pays émergent avec des pôles d’excellence, et les importantes entreprises qu’il compte. Il a appelé à l’amplification des investissements français au Maroc, dans les énergies renouvelables, l’agroalimentaire, le développement urbain..

-Marocains et Français peuvent développer une éthique de la gestion des appartenances multiples dans un cadre institutionnel parmi les rares au monde à promouvoir non pas le retour, mais la circulation, la mobilité des élites professionnelles.

-Plus que jamais les dimensions sécuritaires sont invitées à faire partie des grandes préoccupations communes. Tenir éloigné le Maroc des structures de sécurité mises en place autour du Sahel a été infructueux à en juger par l’occupation d’une grande partie du Mali pendant de longs mois. On comprend que la France insiste pour pousser les Etats de la région à travailler en commun.

-La France, tout en ménageant le voisin algérien, considère le projet marocain d’autonomie élargie au Sahara comme un cadre sérieux et crédible pour une solution équitable et durable.

-La France est concernée par la place du Maroc dans l’Afrique après la récente tournée du Roi Mohamed VI. Les projets de partenariats projetés se référent à un cadre nord-sud-sud, et à une nouvelle zone générale reliant l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.

L’ensemble de ces éléments permet aux relations maroco-françaises de prendre leur envol stratégique.