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« Le conquérant de L’empire Imaginaire »- Roman historique
الحافلة رقم : 32
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La transition au Maroc : Le purgatoire
La transition au Maroc
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Quel sens revêt aujourd’hui avec le recul d’une année par rapport au printemps arabe ? Comment expliquer la victoire démocratique des islamistes ? Que peuvent-ils accomplir au cours de cette législature ?        

I. Le printemps arabe au delà de l’événementiel

Un an après l’éclosion du printemps, comment lire les processus de protestation qui ont éclaté dans le monde arabe ? Faut-il imputer à la  logique des mouvements successifs de libéralisation et de raidissement qui ont marqué la vie politique des pays concernés au cours des dernières années ? 

 

 Faut-il imputer l’explosion à l’arrêt de processus de libéralisation (fin de l’expérience du gouvernement de l’alternance au Maroc), de raidissement du pouvoir (Egypte), de désirs de libéralisation non satisfaits (Algérie, Bahrein..), ou de renforcement de l’autoritarisme (Tunisie)? Tendances contrariées, transitions inachevées ou situations figées sans perspectives démocratiques, ce qui s’identifie comme le printemps arabe reste un mouvement social. Il convient dans chaque cas de distinguer entre l’événement et ses dynamiques, en y démêlant les anciennes formes de protestation venues s’ajouter à de nouvelles.

Les faits relatifs au dénommé « printemps arabe » se caractérisent à la fois par leur teneur politique (critique de configurations institutionnelles, de l’autoritarisme/ les protestations au Maroc se développent précisément dans les lieux symboles  de l’autorité) et morale (critique de la corruption /débauche/ vice /la gabegie-al fassad- mauvaise gouvernance/ déviance/ non droit/prévarication/déréglement/dérive..). Elle reprochait aux gouvernants en place de mal gérer le pays, et de le faire comme s’il s’agissait d’un patrimoine propre. En plus du politique inscrit au cœur de ces événements était explicitement posée la question du social et de l’économique.

Mais surtout au-delà de cette remise en cause radicale, l’objet  principal sur lequel  ont porté les mouvements de protestation partout dans le monde arabe concerne fondamentalement les capacités distributives des systèmes en place. Une partie  du monde arabe a été bousculée. La population ne pouvait plus attendre.

D’un certain point de vue, l’explosion est considérée comme le prolongement de l’action sociale passée (association, syndicats..) basée sur une accumulation de mécontentements dans un contexte régional favorable à la contestation : la suite logique naturelle de luttes sociales plus ou moins visibles.

Au Maroc, il s’agit aussi d’un contrecoup aux événements de  la Tunisie et de l’Egypte. Le caractère émotionnel et réactif est frappant. Le contexte offrit à  certaines forces l’occasion d’exprimer leurs orientations (Ennahj et Al Adl Wa Ihssan).

La  spontanéité, le caractère inattendu, imprévu de l’événement est toujours souligné. Il y a eu un travail  d’organisation dans cette absence d’organisation. Mais de nombreuses dimensions semblent avoir été préparées, précédées par la formation des jeunes (les mouvements étaient suivis en temps réel), la mise à niveau dans les techniques du plaidoyer. En courant le risque de  développer une vision « complotiste », on avance que la puissance américaine a joué un rôle fondamental dans ce mouvement, après le 11/09, et surtout après la défaite en Irak. Pourquoi accepter de jouer le rôle d’ennemis des « islamistes » ? Les Américains ont choisi d’appuyer les dits mouvements en appréciant chaque fois les spécificités de chaque situation.

Au Maroc, il n’y avait pas de volonté de changer, mais de libéraliser plus, d’améliorer. La différence entre le plaidoyer national (faire passer une loi) et le plaidoyer local (faire tomber un despote local/ monter les gens contre une personne : le gouverneur de la province, un symbole du système…).

Parmi les acquis, aujourd’hui, un an après le déclenchement du printemps arabe, on relève la spontanéité de la protestation qui s’exprime comme un droit dans toute la région. Il s’est affirmé comme un  droit à être en colère, le droit à l’expression inconditionnelle de non satisfaction et d’attente de réponse.

 Trois autres dimensions méritent d’être soulignées :

1) Pour le Maghreb, le paysage  s’est quelque peu décanté : changement en Tunisie ; incertitude en Egypte ; immobilisme algérien, changement dans la continuité ou changement  sans  mutation au Maroc, attentisme en Jordanie..

2) Le processus ne semble pas terminé, l’agitation est toujours en cours. Au Maroc, le 20/02 a commencé par plusieurs alliances,  et a connu au cours de la derniére phase un divorce retentissant. Il semble se métamorphoser en plusieurs segments.

3) De plus le moment fort du 20 février est comme dépassé, des explosions sporadiques ont lieu ici et là en dehors du mouvement  du 20/02(Taza, Khénifra, El Jadida ..), sans lui. On sait cependant les mouvements sociaux versatiles et qu’ils peuvent revenir en force contre toute attente..

II.  Comment expliquer l’arrivée en tête de la majorité actuelle ? En particulier celle des islamistes ?

La victoire des islamistes est due  à la position antérieure au contexte des islamistes eux-mêmes. Au Maroc par exemple, depuis quelques années, les islamistes avaient formé comme une sorte d’univers particulier, et les diagnostics de l’Etat paraissent aujourd’hui avoir été insuffisants. Le PJD disposait de sa propre classe moyenne avec ses associations(11000) alors qu’en 2002 (autour de 600..). Certaines composantes du mouvement islamiste étaient implantées dans des syndicats, des administrations et  sont aujourd’hui largement contrôlés par Al Adl Wal Ihsane. Les observateurs sont restés centrés sur les partis politiques. Pendant ce temps, les deux mouvances avaient considérablement élargi leur influence et les dernières élections n’ont fait qu’exprimer ce nouvel état de fait

Le renforcement des islamistes doit aussi beaucoup à la manière dont les islamistes se sont comportés au cours des événements de 2011. L’usage qu’ils en ont fait, leur instrumentalisation, a beaucoup compté  en les confortant dans  leur position. 

Il est dû aussi à d’autres facteurs qui relèvent de la logique du nouvel état des forces profondes :

-l’affaiblissement de l’ancien système qui reposait sur les notables. Une approche comme l’Initiative Nationale du Développement Humain a contribué à l’affaiblissement des vieilles assises de l’Etat

-la politisation limitée  de la société marocaine. Les gens qui revendiquent et qui sont vraiment politisés constituent  une minorité. Le plus souvent il s’agit de gens sans poids économiques, de jeunes chômeurs…sans enracinement social, l’analphabétisme politique aidant.

-la culture de  base  de la société marocaine est islamique et en période de crise, elle favorise l’émergence du fonds religieux, pouvant donner naissance à toutes sortes de populisme (d’où l’impact par exemple du discours de Benkirane, il semble apprécié pour cette raison. -Ils ont su parler aux gens Ce n’est pas tant le programme, mais un nouveau culte du sérieux. Les gens ont voté pour des valeurs qu’ils n’ont pas trouvé ailleurs (le sérieux/le crédible/le vrai/lla droiture….).-La transition politique ne s’accompagne pas de transition culturelle, au contraire on assiste au renforcement des systèmes de valeurs traditionnels.

- la faiblesse de l’encadrement politique, l’affaiblissement des partis politiques rend les gens réceptifs à l’égard de certains discours. En période de crise, pas besoin de justifier la religion. Elle s’impose d’elle-même. De plus, l’alternative islamiste est vierge, n’a jamais réellement gouverné. L’exercice islamiste du pouvoir exécutif s’effectue pour la première fois.

-une certaine déception par les expériences passées.

-L’appropriation du vote par l’électorat est un autre élément d’explication. Une partie de la population voulait un changement (la bourgeoisie, les milieux d’affaires, des éléments de la gauche…). Il s’agit d’un vote sanction.

-etc….

III. Les perspectives de la gouvernance islamiste 

Plusieurs scénarios apparaissent en perspective :

1)   Soit un enracinement populaire à l’instar de celui connu ailleurs au Soudan, ou avec le  Hamas, avec à l’arrière –plan un mouvement daâoui (prêche de la parole religieuse), le MUR s’activent pour faire vivre des catégories sociales au  rythme de la religion. Cette  hypothèse est trop spécifique pour pouvoir constituer une perspective crédible dans le contexte maghrébin.  Il y a un équilibre général que les islamistes ne pourront pas ignorer. Quand on parle d’agenda islamiste secret, il y a de l’exagération.

2)   Il est fort possible qu’à travers une ou deux législatures de pratiques du pouvoir, il se produise une banalisation/normalisation de l’islam politique, et une intégration dans le paysage politique.

Dans un contexte où prévaut la crise, l’aide internationale conditionnelle sera peut être rare, sans parler des blocages  et  des dysfonctionnements qu’aurait rencontré tout autre gouvernement. Aussi pas de résultats miracle, la marge de manœuvre paraît limitée, même si on intègre dans l’évaluation  la possibilité d’investissements islamiques ou l’ouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie…

Du point de vue du pouvoir d’Etat, dans un pays comme le Maroc, le Parti Justice et Développement paraît devoir prendre la responsabilité de  négocier avec la société les réformes, les solutions, les mesures à prendre, les palliatifs..  dans cette phase critique. Comme il s’agit de partis de l’ordre, et dans les tempêtes à l’œuvre, ils assurent une fonction de stabilisation. 

Pour l’ensemble de la mouvance islamiste, l’arrivée d’une composante islamiste de poids va permettre  de procéder à un  blanchiment des ailes radicales de l’islamisme, (Salafiya islamiya., salafiya   harakiya, salafiya jihadiya, salafiya islahiya…) du moins un allégement de celles-ci..Il fort plausible que le passage du PJD se traduise par une modération de l’aire islamiste.

En liaison avec la politique de régionalisation, et dont les conditions de mise en œuvre sont là, avec en plus un probable nouvel élan de la politique de  décentralisation, de nombreux transferts vont s’opérer ( en principe) du centre vers le local, y inclus les mouvements de protestation vont devoir revêtir un caractère local , sans que la contestation nationale cesse pour autant, mais tout en restant limitée,   elle suscitera certainement des problèmes de société :  l’Etat peut-il aller plus loin, vers les unités de base ? Peut-il déléguer aux pouvoirs locaux ? Que donnera la gestion par le niveau régional et local ?

Les nouveaux gouvernants semblent vouloir jouer la carte de la lutte contre la corruption,  en s’attaquant  aux aspects moraux de la gestion des affaires publiques, mais même ici leur  marge d’action est limitée. Une compagne d’assainissement apporterait certainement un soulagement psychologique à la sphère publique. La mise en œuvre du maâqoul (le sérieux) , du fonctionnement sain constituera un atout majeur pour la nouvelle gestion. La marge de manœuvre avec le capital de confiance appréciable dont ils semblent bénéficier jusque là est n’est cependant pas illimitée.  Ils peuvent entreprendre de moraliser les  secteurs sensibles..

Lorsqu’on les interroge, il apparaît qu’à leurs yeux assainir ne suffirait certainement pas, et que leur mission principale consistera à donner un peu plus de dignité aux gens. Ainsi semble prendre sens à ce stade l’orientation qu’ils confèrent aux politiques publiques sociales (emploi, santé..) et qu’ils pourront traduire par des mesures à travers les lois de finances successives de la présente législature.

Au-delà, ils ambitionnent de contribuer efficacement au développement du pays, élever le taux de croissance, faire venir des investissements...

 Mais les marges de manœuvre en termes de politiques publiques paraissent aussi a priori limitées. Ces partis semblent condamnés au pragmatisme : ils devront gérer concrètement les investissements, grèves, tourisme, emploi, les politiques publiques…    

Plusieurs lieux d’observation privilégiés apparaissent:

1)   La mise en œuvre démocratique de la constitution, qui va probablement dépasser le rapport de force traduit par la constitution;

2)  Le raport entre ce qui est stratégique (les competances du Conseil des ministres) et le non stratégique(politiques publiques gouvernementales);

3)   La moralisation  comme nouvelle praxis;

4)   La moralisation comme nourricière des politiques publiques.