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Le récit de voyage en Andalousie de Mohamed Ibn Al Hassan Al Hajoui se présente sous la forme d’un  manuscrit inédit, à la différence de nombreux  autres de ses voyages(1). Aussi le texte d’Al Hajoui sur son voyage en Andalousie de 1929 ne se lit pas simplement comme un récit de voyage. Le récit de voyage n’est jamais une pure description de déplacements, de choses vues et entendues, de sites visités, d’images captées. Le récit de voyage est une forme privilégiée dans l’expression des idées sur la culture, l’histoire, la politique, le social, le religieux..Aussi la lecture de ces textes sollicite le plus souvent de nombreux regards disciplinaires tels ceux de la pensée politique, de l’anthropologie, de l’histoire, la religion..

 

La personnalité d’ Al Hajoui apparaît en fin de compte assez isolée dans le paysage intellectuel marocain de ce début du vingtième siècle. D’une part, il s’est constamment distingué des intellectuels du mouvement nationaliste. D’autre part, par rapport aux intellectuels organiques du Makhzen il reste l’un des rares lettrés à avoir théorisé ses positions (2 ). Dans la pensée politique marocaine moderne, d’Al Hajoui fait figure de salafite occidentalisé. Il se démarque des nationalistes par ses bonnes dispositions à l’égard  de l’Occident, comme le montrent largement plusieurs passages du présent texte favorable à la colonisation et à ses œuvres..

Ce récit comparé aux autres textes d’Al Hajoui  reste inachevé, même si son auteur le conclut lui-même du mot « fin ». Il paraît aussi quelque peu rapide à travers de nombreuses pages, avec un côté carte postale très prononcé parfois : ainsi de la place trop importante prise par les descriptions architecturales, mais la carte postale frise l’érudition effrénée quand elle détaille le nombre de fenêtres, d’arcades, de colonnes, de sculptures... D’autres pages expriment des préoccupations culturelles plus vastes(3). Les séquences proprement politiques sont rares. Le récit de voyage en Andalousie d’Al Hajoui lui donne l’occasion  de montrer son grand savoir sur l’ensemble des questions andalouses...

Le lecteur peut noter comment, il discourt volontiers de paysages, de cultures, de bâtiments, de mœurs, de coutumes, de courtoisie, mais avec détachement. Rarement, il dégage de la chaleur humaine et est fortement attristé par le spectacle des ruines arabes, par la tentative d’effacer les résidus des édifices datant de la phase arabe, le souvenir du paradis andalous.

 Les précédents voyages d’Al Hajoui permettent de mieux situer son projet réformiste. Dans ce voyage, nous intéresse plus particulièrement le regard porté par l’auteur sur l’Espagne, et en particulier son rapport à l’Andalousie.

 

1.  La route vers l’Andalousie

Le témoignage sur l’Andalousie est d’abord une description du départ vers l’Andalousie (J’ai quitté Fés, ma ville natale, centre de l’humanisme,(majlabate al ins) à huit heures du matin le 3 juillet 23 mouharam…en direction de Tanger d’où je comptais traverser vers l’Andalousie)(4).

Une partie substantielle du récit du voyage andalou  d’Al Hajoui est d’abord un itinéraire marocain. Sur les 60 pages retranscrites en caractères modernes qui constituent la totalité du manuscrit, une dizaine est consacrée à la partie marocaine qui mène Al Hajoui vers l’Andalousie, de Fès jusqu’aux limites maritimes du vieux Maroc, jusqu’au port de Tanger.

Toute cette première partie du voyage exprime les idées et les positions d’Al Hajoui vis-à-vis de la colonisation, synonyme pour lui d’urbanisation de modernisation, de progrès...Il n’en parle pas de manière abstraite, mais à travers les séquences d’un voyage.

Trois temps se succèdent dans ce voyage : l’itinéraire d’AL Hajoui en zone française, puis en zone espagnole, et le voyage proprement andalous

 

a)   L’itinéraire d’AL Hajoui en zone française

Tout au long de la traversée de la zone française, Al Hajoui souligne le grand changement survenu par rapport au passé proche. Le transformisme colonial écrit les changements qu’il introduit d’une main de fer dans la réalité, dans la nature, sur les champs à travers la production agricole, l’exploitation moderne du sol au moyen de machines performantes. Par ailleurs, la paix et l’ordre y règnent  désormais.

Une autre dimension est mise en relief par Al Hajoui, l’urbanisation, les commodités de la vie urbaine, les services publics, les voieries, les équipements sociaux, le ramassage des ordures, l’esthétique de la cité..

Ses éloges de la colonisation française sont sans réserve aucune(5). On peut trouver étranges sa publication de ses prises de position favorables à la colonisation, de manière aussi voyante. Il pouvait parler du processus sans nécessairement communiquer ses positions favorables à la colonisation, sans paraître aussi disponible à l’occidentalisation. Il pouvait le faire en termes généraux, abstraits, discrets..Prenait-il une fois encore position par rapport aux nationalistes courageusement, sans détour ? Donnait-il des gages de fidélité aux autorités coloniales ? La comparaison avec l’Espagne se fait aussi manifestement en faveur de la France.  Cela relève-t-il d’une propagande faite par un fidèle rallié à la France comme Al Hajoui ?

b) La traversée de la zone espagnole

Cette partie de l’itinéraire d’Al Hajoui intéresse particulièrement le lecteur en raison du regard porté par l’auteur, et peut être à travers lui, par les élites liées au pouvoir traditionnel marocain, concernant l’Espagne.

Après description de la médina d’El Ksar El Kébir où il exprime sa tristesse concernant l’état de la ville : « En passant prés d’el ksar el kébir que je connais depuis 18 ans j’ai vu la vieille ville restée dans l’état où elle était depuis toujours, … »(6) et à côté d’elle la « nouvelle ville, aux routes aménagées, équipée, de belle construction, propre …mais la majeure partie de la terre cultivable est restée en l’état et la main de l’Espagne n’est pas celle de la France », écrit-il.

La comparaison entre la France et l’Espagne est constante. Entre les deux puissances coloniales paraît se dégager une différence de degré, et non de nature. Les progrès sont moins nets ici qu’en France. La guerre du Rif a peut être retardé la mise en œuvre du réformisme colonial espagnol. La terre est moins travaillée dans la zone espagnole que dans la zone française. Il parle en termes d’exploitation future. Si la machine espagnole ne s’est pas encore mise au travail, si les écarts entre les deux  modèles sont de degré et de nature, et si la différence entre eux deux et le Maroc ante-colonial est une différence de nature, il ne fait pas de doute pour Al Hajoui que le bien-être résultant de la colonisation est préférable à l’anarchie ante-coloniale.. 

Al Hajoui décrit tout sur son chemin: gares, panneaux indicateurs, services et organisation. Elles sont du même type. Il voit peu de différences entre les deux types d’occupation. Cependant, côté espagnol, il relève :« J’ai vu dans cette gare des toilettes, deux sections, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes (panneaux indicateurs ?) en arabe et en français.

« J’ai pensé que c’est une bonne disposition espagnole à l’égard du Maroc, mais plus tard au cours de mon voyage j’ai constaté que c’est une habitude espagnole car j’ai retrouvé les mêmes pratiques à Cordoue, Séville et ailleurs en Andalousie et j’ai su alors que c’est un héritage de l’islam, à cette différence prés qu’ici c’est écrit à la fois en arabe et en espagnol ». Il en déduit une certaine proximité, voire de traits communs avec les mœurs, la culture arabe..

En passant devant Assilah où il fait ses prières, il relève au passage que l’endroit est  idéal pour y amener pâturer les troupeaux: « une sécurité  rassurante y règne après avoir fait défaut au temps du sultanat d’Al Raissouni et des désordres (insurrection)  du Rif »(7).

Après la traversée des espaces de colonisation française, puis des territoires sous occupation espagnole, il arrive à Tanger et s’attarde sur la ville au statut international.

 

 

c) L’arrivée dans la ville internationale de Tanger

La ville permet à Al Hajoui de chanter d’abord ses vertus de station balnéaire de qualité. Al Hajoui considère l’articulation des chemins de fer au point d’embarquement comme une excellente chose :

« Cela fait partie des meilleures facilités et en raison de cela Tanger est promise à un grand avenir car elle est située entre les deux mers, la Méditerranée, appelée par les Anciens Arabes la mer des Roums, et l’Océan atlantique. Lorsque la jetée sera construite, et on y travaille actuellement de pied ferme, les navires pourront y jeter l’ancre et se protéger des inconvénients des vents d’Est. Une fois la construction de la gare maritime achevée, dont ils jetteront les détritus en mer, alors la prospérité de Tanger augmentera et les touristes et autres y viendront »(8).

 Les prospections d’Al Hajoui sont accompagnées de longues notes sur les commodités du climat de Tanger. Il constate l’amélioration des conditions de vie à Tanger liée à son statut international : les conforts de la vie urbaine, les voiries ont été aménagées, le ramassage des ordures est mieux organisé. La description de la mosquée de Tanger lui donne l’occasion de constater que la situation s’est beaucoup améliorée : des parties ont été réaménagées, la propreté est plus grande, un système d’eau y a été installé. Manifestement, Tanger apparaît beaucoup plus propre que tout le reste du Maroc..

Il compare la colonisation à une situation de polygamie et à travers l’image exprime son credo: « La nouvelle épouse a pris le mari avec tout ce qu’il a, entretenu par l’ancienne épouse alors que les deux jouissent de l’esthétique, la longue communication,, et l’ancienne épouse n’a qu’à patienter et jusqu’à ce que ses enfants deviennent mûrs et apprennent les sciences qui leur permettent de défendre les droits de leur mère et la connaissance de ces droits , et peuvent alors demander de manière civilisée et modérée l’équité (respect de leurs droits) au mari de leur mère grâce à la science du droit, de l’économie, de la santé de l’ingénierie » (9). Il est nécessaire de tolérer les moments difficiles, pour pouvoir jouir des jours meilleurs.

Plusieurs passages font état d’une préoccupation majeure d’Al Hajoui, l’intégration nationale : les gens de Tanger refusent d’intégrer les étrangers(10)..

 

2.  La découverte de la nouvelle Espagne

Décidément, l’Espagne n’est pas la France. Cela, le lecteur le comprend dés qu’Al Hajoui procède aux comparaisons des prix des billets de train entre les deux pays pour des distances pourtant équivalentes. Le lecteur apprend à l’occasion qu’une crise économique ayant eu lieu, et que cela s’est traduit par une hausse des prix en Espagne et leur baisse en France.

En route pour se rendre à l’Exposition Universelle à Séville organisée par l’Espagne avec le soutien de l’Amérique et de la Grande Bretagne, il entreprend de visiter l’ensemble de la région.

Cordoue est au centre de ces visites : « Je me suis promené dans ses grandes et petites avenues. J’ai circulé dans ses différents recoins et j’ai capté et scruté ses beautés. ». Sur le train, chemin faisant,  il décrit les travaux agricoles, la compagne andalouse, l’importance qu’occupe l’agriculture et en particulier, la place de l’olivier et de l’huile d’olive..La traversée de la compagne permet à Al Hajoui de prendre la mesure du progrès espagnol..

La désolation régnait encore dans plusieurs parties de cette compagne. Un  retard semble s’en dégager, beaucoup de terre inculte, après avoir été pourtant l’une des plus fécondes. Le paysage s’est considérablement dégradé. Pendant longtemps, l’agriculture a reculé, ses réseaux d’irrigation se sont détériorés, les constructions autant que les paysages sont délabrées, qu’il s’agisse de mosquées, de différentes institutions… écoles, hôpitaux, refuges, abris..Mais aujourd’hui, la région reprend vie et progresse au rythme du développement de l’Espagne..»(11).

Que peut garder à l’esprit un observateur comme Al Hajoui ? Il souligne le caractère islamique des rues et des bâtiments de Cordoue, l’architecture arabe, depuis l’hôtel où il réside, jusqu’à la configuration arabe des maisons devant lesquelles il passe. Tout lui rappelle l’influence arabe : les maisons recroquevillées sur elles-mêmes, conçues dans un rapport d’étanchéité les unes par rapport aux autres et au monde extérieur. Les édifices et demeures sont centrés sur leur intérieur, adoptant volontiers la forme carrée et ressemblant fort à ce que l’on trouve à Tétouan ou à Tanger. De l’extérieur, on ne voit rien à l’intérieur des maisons. Les rues sont étroites et par ailleurs proches les unes des autres.

Il n’est jusqu’aux églises qui ne rappellent ce caractère arabe, s’agissant d’anciennes mosquées. La christianisation n’a pas réussi à secréter une occidentalisation en bonne et due forme, une européanisation intégrale..On ne peut pas dire non plus qu’elles soient restées les mêmes..

La réflexion sur la ville de Cordoue offre l’occasion de parler de sa population et de ses origines. Plusieurs origines sont d’ailleurs identifiées : hispanique, romaine, grecque, visigoth, arabe..

Al Hajoui souligne que les bonnes manières dont font montre les Espagnols sont liées à une attitude délibérée, voulue, fruit d’un calcul, développée en relation avec l’événement de l’Exposition Universelle de Séville.. Les habitants, suggère Al Hajoui, auraient reçu une formation spéciale pour la circonstance. Des instructions officielles ont été données pour que la population accueille bien les visiteurs de l’Exposition .

Sur le plan culturel, Al Hajoui relève le caractère conservateur des Espagnols de ces lieux concernant tout ce qui concerne la femme. Celle-ci qui apparaît à Al Hajoui comme sensiblement moins émancipée que la femme en France, tant du point de vue de l’habillement , du type de voile qu’elles portent, la démarche, la forme de pudeur qu’elles paraissent adopter..Cette façon d’être est attribuée aux traces culturelles de l’islam.. Al Hajoui  insiste sur le fait que toutes les retombées en termes d’éducation de cet héritage, la femme française, semble plus en avance.

Par ailleurs, Al Hajoui note la forte religiosité qui règne dans les lieux qu’il traverse et qu’il semble généraliser à toute l’Espagne. La seule religion installée en ce pays est la religion chrétienne : les autres, indésirables,  ne peuvent être que de passage..

 

3.  L’autre andalousisme.

 

Le spectacle est désolant. Les monuments qui subsistent sont dérisoires. Tout a été fait pour effacer les traces arabes en Andalousie.

Les Espagnols n’ont pas laissé à Séville de monuments islamiques importants, ils ont congédié la beauté islamique qui rayonnait sur ses maisons, magasins, riyads, jardins, mosquées, minarets, usines, fabriques, les murailles de la cité, ses ports et ses tours, ses qibabs, ses tombes et paysages et on ne sait ce qu’ils ont fait de leurs briques..Ils ont tout détruit, tout effacé, n’ont laissé aucune trace qui retienne l’attention ou mérite d’être décrite, et nous n’avons rien trouvé de ces monuments à part le minaret de la grande mosquée au centre de la ville, construit par Yaacoub El Mansour, le roi almohade qui l’a achevé alors qu’il était à Marrakech(12).

Al Hajoui tente de trouver à cela une explication

Pour le repos de notre conscience, ces monuments s’ils étaient restés comme elles étaient à l’origine, leur influence sur chaque arabe aurait été la pire des influences et sa douleur la plus dure  …Les Espagnols ont pour excuse politique de ces destructions.., que s’ils avaient gardé ces monuments comme tels, les ambitions des Arabes auraient été  de récupérer Al Andalous..Ils auraient pu être tentés de récupérer ce que leurs grands-parents ont pérennisé et auraient demandé alors le secours du reste du monde musulman(13)

Al Hajoui procède à des comparaisons avec les espaces dominés par les Turcs et le projet sioniste

Ce qui a maintenu les ambitions de ces peuples (qui cherchent à quitter le giron turc) c’est que les Turcs leur ont tout préservé, y compris leur langue, et alors chaque fois qu’ils en ont eu l’occasion, ils les ont invoqué pour faire renaître leur gloire. Voici même les Juifs récupérant leur patrie disparue, ainsi que leur mémoire depuis la nuit des temps, alors que l’islam n’a pas pris de patrie aux juifs, mais les juifs sionistes les avaient cédés aux Perses, les Romains les en avaient privés, et les Musulmans les ont pris des mains des Romains. Les sionistes n’ont pas de revanche à prendre sur l’islam(14)…

Au-delà de ces justifications, Al Hajoui relève les multiples indices d’érosion de la présence arabe. A ses yeux, au fur et à mesure que le développement économique et social de l’Espagne s’affirme, l’importance des traces matérielles arabes se réduit, l’effritement des édifices s’accentue sans doute,  mais le sens change et prend du relief sous l’effet de la longue durée. Al Hajoui n’hésite pas à mettre en relief la place importante du legs andalou en termes symboliques dans la nouvelle conscience espagnole. Il lui apparaît que les Espagnols eux-mêmes revalorisent le legs andalou qui désormais devient important au plan du sens, et le reconnaissent dans leur mémoire nationale.

Aussi s’attarde-t-il sur la description des grands monuments qui suivent…Le récit s’est attardé en particulier sur deux sites historiques remontant à la période arabe. Le minaret de Séville et la mosquée de Cordoue occupent une place centrale dans le récit d’Al Hajoui (15). Il note presque tout, les mesures, les colonnes, les fenêtres, les sculptures. On imagine Al Hajoui le crayon à la main, marchant lentement à l’intérieur de cet édifice imposant, allant et venant, comptant et recomptant les arcades, les colonnes, les fenêtres, puis revenant sur ses pas et vérifiant soigneusement la justesse de ses comptes, et notant tout de maniére minutieuse dans ses papiers.

La découverte de son importance dans cet Occident qui a marqué une avance considérable impressionne le voyageur fassi.

« J’y ai rencontré quelques voyageurs français émerveillés par les colonnes et le matériau dont il était fait. On rapporte qu’il est importé de l’étranger et non point extrait de l’Andalousie même. Cette sorte de matériau n’y existe pas au pays. Viennent-elles de Carthage ? Je répondis que Carthage  est située trop loin et que  Tunis en ces temps là était en mauvaise relation avec l’Andalousie alors que la mosquée était en construction.

Les visiteurs ont critiqué les mutilations et ont demandé le respect du legs arabe, comme éléments d’histoire

Le gouvernement a (récemment) fourni un effort remarquable pour remettre les choses en l’état, par la réhabilitation de la mosquée dans son état originel, car les visiteurs de tous les pays ont été  protester de ce qui a été changé dans la mosquée et ont demandé au gouvernement de réparer ce que les rois catholiques avaient détruit,  et rétablir ce qu’ils avaient effacé comme monuments arabes en Andalousie. Ils avaient été cependant mis dans l’incapacité par le plus grand et le plus précieux des monuments

Le Conservateur de la mosquée de Cordoue m’a dit, même en étant catholique, qu’il reconnaissait que les actes des gens de sa confession ont été d’une barbarie extrême et qu’ils constituent un crime contre l’histoire

Et que leur comportement envers cette mosquée est d’une signification claire montrant à quel point leur pensée était malade et eux-mêmes inspirés..(16).

On est étonné, à travers les longues descriptions architecturales, que l’auteur ne cesse de détailler, il se produit chez lui comme une sorte d’appropriation de l’Andalousie et de son histoire, jusqu’à l’émotion. Il avait beaucoup lu, et son manuscrit cite nombre d’auteurs. Il avait beaucoup entendu, mais ce qu’il voit le touche au plus profond de lui-même.  Même après avoir lu des histoires classiques de l’Andalousie,  d’autres récits de voyages, des descriptions architecturales..

Ce qu’il voit est bien plus fort et plus grand que ce qu’il imaginait..Il est émerveillé. Le fait se produit devant les résidus de la présence arabe à Séville et se répète devant la Mosquée de Cordoue. Il relève la beauté et la grandeur du site, dont n’ont eu raison ni les démarches actives de christianisation, ni le travail d’effacement délibéré, volontaire des bâtiments remontant à la présence arabe, les effets de délabrement dû à l’œuvre  le temps, et la négligence coupable de ce trésor..Ce faisant, Al Hajoui revit le drame de la disparition de l’Andalousie arabe, redéfinit les responsabilités, analyse les causes de l’effondrement de l’Andalousie arabe..

En dépit de ce procès sur les responsables de la perte du paradis andalous, aucun indice dans le texte d’Al Hajoui ne permet de penser que l’auteur est habité par l’idée d’une revanche sur les re-conquérants, d’un retour en Andalousie. Il est conscient que l’histoire  a fait son œuvre. Les récits, les poèmes, l’historiographie s’attardent encore une fois sur la perte de l’Andalousie. L’émerveillement pour l’Andalousie ne donne pas ici l’occasion de  développer une thématique du retour. Le souvenir nostalgique, le sentiment qu’il a existé un paradis, une grandeur ne se départit pas d’un sens de réalisme historique. Les temps de la vieille Andalousie sont révolus. L’histoire a fait son œuvre. Ce discours ne se traduit aucunement par un appel au retour. Al Hajoui  cultive une grande distance avec cette thématique. Cela confirme encore une fois l’idée d’un retour arabe en Andalousie est absente de cette littérature, bien que nombre de médias espagnols ont attribué ces derniers temps cette aspiration à de nombreux sites dans les sociétés de la rive Sud.

N’empêche que derrière cette description nostalgique de l’ancienne Andalousie arabe, et de la non prise en charge par les Espagnols d’une partie essentielle de leur mémoire, le récit d’AL Hajoui reste structuré à la base par un souffle réformiste, apparenté au réformisme de type salafite. Le modèle salafite de base est traversé implicitement par la fameuse interrogation : « Pourquoi ils ont progressé, pourquoi nous avons régressé ? »(17). Les propos  sur la colonisation et ses bienfaits, le développement de l’Espagne, sa modernisation, donne à ce récit de voyage encore une fois les dimensions d’un récit réformiste.. 

Notes

1)   Il fait partie du fonds de manuscrits d’ALH non encore publiés, une liasse de feuillets à grand format, tracés à l’écriture marocaine classique, en caractères minuscules. Sans doute, l’auteur a-t-il voulu mettre le maximum de ses annotations dans le plus petit nombre de pages. Le texte est écrit à travers des colonnes tantôt obliques, tantôt verticales, avec des annotations et des ajouts partout sur les marges. Le texte est rédigé sur des colonnes en oblique avec des ajouts sur les marges. Il relate in voyage  qui remonte à 1929

2)   Mohamed Ibn Al Hassan Al Hajoui A-Ta’âlibi Al-Ja’fari al-Fasi, 1874-1956, est l’un des auteurs les plus importants du XXiéme siécle marocain. Alim, fâqih, auteur d’ouvrages considérables sur le plan intellectuel comme al-fikr al-sâmi fi târikh al-fiqh al islami..Cet ancien ministre de l’Instruction Publique dans le Makhzen des Français, fera figure de déviant aux yeux des nationalistes,  bien que réformiste, n’a pas hésité à collaborer avec l’autorité du Protectorat. Auteur déjà d’une relation de voyage  en France et en Angleterre.

3)   Mohamed Ibn Al Hassan Al Hajoui A-Ta’âlibi Al-Ja’fari al-Fasi Le voyage en Andalousie

4)   Ibid, feuillet 1

5)   Ibid, feuillet 2

6)   Ibid

7)   Ibid. L’insurrection des rifains n’était que fitna aux yeux d’Al Hajoui

8)   ibid

9)   ibid, feuillet 3

10)               ibid, feuillets 4-5

11)               ibid, feuillets8 et s

12)               ibid, feuillets 6 et 7

13)               ibid

14)               ibid..15 pages de description et d’observations architecturales de la seule mosquée de Cordoue

15)               ibid

16)               ibid

Selon le fameux texte de Chakib Arsalane…