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Chute de mur(s)

 

Abdallah SAAF

Les grands événements mondiaux, comme le chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide, les grandes mutations internationales, la crise actuelle, nous ont-ils vraiment concernés un jour ? La juste réponse ne peut être que nuancée.

 

Sans doute la chute du mur de Berlin en 1989 ne semble avoir que eu peu d’effets directs sur le pays. Les gauches locales, comme toutes les gauches du monde, en ont le plus souffert en perdant de leur superbe. Le mur dans sa chute signifiait alors une certaine mort de la gauche. Mais au moins sa destruction introduisait dans le contexte marocain l’idée selon laquelle les choses les plus solides, les plus durables, celles que l’on croit le moins susceptibles de s’écrouler, s’effondrent pourtant.  Les certitudes que les choses sont ainsi et non autrement sont tellement ancrées que les esprits les plus avertis, des décideurs de grande envergure, des faiseurs d’histoire, travaillés par de l’ hésitation ou des calculs stratégiques classiques. Nombre d’entre eux essayaient de ralentir les événements, les reporter, les contourner..

Relevons que dans le contexte culturel marocain, les acteurs ont pris l’habitude de dresser comme problème non pas le mur, ni la menace de l’impasse,  mais celui de bouleversement, de désordre, de chaos..

Ailleurs, l’impact fut sensible. Presque personne n’y a échappé, ni l’Europe de l’Est, ni l’Afrique, ni l’Amérique latine.. En termes de perceptions, la chute du mur de Berlin a paru se généraliser. Il se passait  comme si dans de nombreux endroits,  le monde se dilatait..

A Berlin un mur est bel et bien tombé ce 9 novembre 1989, symboliquement et matériellement. Aujourd’hui n’en reste que des morceaux de muraille, pour mémoire, badigeonné de tableaux abstraits par endroits, mais il en reste aussi une histoire lourde de sens.

N’empêche la question demeure : un mur peut-il être détruit une fois pour toutes ? La déconstruction de tous les murs de n’est-elle pas par définition une tâche permanente ? Berlin 1989 avait montré aussi qu’une vraie chute d’un vrai mur est bonne lorsqu’elle l’est pour ceux qui vivent des deux côtés du mur : ceux qu’il bloque et ceux qu’il libère.

A l’heure  actuelle, la conscience populaire fait état de nouvelles formes de murs. Un mur s’est effondré, de nouveaux murs sont apparus plus loin. La mondialisation en fabrique sans cesse de nouveaux à travers les nouvelles dimensions de l’atlantisation, des privatisations, autour de l’Europe, entre le Mexique et les Etats-Unis, en Palestine, au cœur de Baghdâd, au Cachemire, entre les deux Corées, à Chypre..Elle a aménagé de nouveaux déploiements, de nouveaux positionnements délimitant de nouvelles frontières, de nouvelles séparations, de nouvelles lignes de démarcation..

L’ouverture politique au Maroc à la fin des années 80 n’ est pas tant l’effet de la chute du mur qu’une simple coïncidence. Le roi Hassan II commençait alors à affirmer ne plus craindre les idéologies, il entendait par là les idéologies révolutionnaires. Les premiers contacts étaient entamés dans la perspective de mener vers l’expérience de l’alternance au pouvoir. La question des droits de l’homme devenait centrale, le retour des exilés, les vieilles orthodoxies s’assouplissaient, les oppositions pures et dures se libéralisaient, la société civile tentait d’émerger..Et de fait, incontestablement, chemin faisant, entre réformes et réformettes, grands desseins, rêves, aspirations, promesses et réalisations à venir, de vrais murs se sont effondrés. En 2002, les recommandations de l’ instance E et R ont vraisemblablement constitué un pic.

Mais voilà que si par impossible un mur est détruit, il se révèle que peu d’acquis définitifs se dégagent. L’Etat ne se consolide pas, les autres acteurs non plus. La capacité à élargir les marges de manœuvre reste limitée. Les acquis ne le sont que pour un instant. Les dynamiques ne se raffermissent pas. La vision stratégique fait défaut avant et après. De plus, il est  peu d’accumulations..

 Dur est le constat : les sociétés du Sud ont appris que des murs peuvent tomber, mais ils savent aussi que d’autres voient le jour. Il est cependant des murs que l’on voit et d’autres que l’on ne voit pas, des murs réels et des murs virtuels, des murs matériels et des murs symboliques, les murs construits par l’Etat et ceux édifiés par la société, les murs classiques et ceux inédits, il y a ceux qu’érigent ce que l’on dénomme « la culture » et ceux que fait l’acculture, les murs dont on parle et ceux que l’on tait…

Ces murs-là sont aujourd’hui à l’œuvre  sous le ciel marocain..